Nos confrères du Monde révèlent qu'avant le meurtre de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, le comportement en ligne du principal suspect Jérôme Barella avait alerté l'organisme américain NCMEC, qui avait transmis plusieurs signalements à l'Office mineurs français. Faute d'effectifs suffisants, ils n'ont jamais été exploités.
Un organisme de référence internationale
Le NCMEC, créé en 1984, joue un rôle central dans la lutte contre la pédocriminalité à l'échelle mondiale. Il agrège les alertes collectées par les fournisseurs d'accès à Internet, les géants du Web et les réseaux sociaux – Google, Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok, YouTube entre autres – concernant des contenus pédocriminels hébergés en ligne, des échanges à caractère sexuel avec des mineurs ou des extorsions sexuelles. Il les communique ensuite aux polices nationales des ressortissants détectés. Les signalements contiennent a minima le pseudonyme, l'adresse mail, le numéro de téléphone et l'adresse IP de la personne visée, nécessitant ensuite des investigations pour remonter jusqu'à son identité réelle. En 2023, ce sont 318.000 signalements – soit 870 par jour en moyenne – que l'organisme a transmis à la France.
Des signalements découverts trop tard
Les alertes concernant Jérôme Barella – dont l'une daterait de 2023 selon BFMTV – n'ont été découvertes qu'après l'éclatement de l'affaire, lorsqu'il a été demandé à tous les services de police et de gendarmerie de fouiller leurs bases de données à la recherche de toute référence au suspect. Ils n'étaient pas connus de la justice, aucune enquête n'avait été ouverte. Par ailleurs, selon Le Monde, la demande de criblage permettant aux services territoriaux d'accéder aux données du NCMEC concernant un suspect n'aurait pas été effectuée par les gendarmes ayant traité les premières plaintes visant Barella.
Quarante enquêteurs pour des centaines de milliers d'alertes
Ce ratage s'explique en partie par un manque criant de moyens. L'Ofmin ne compte que quarante enquêteurs, soit deux fois moins que les 85 prévus lors de sa création en 2023 à l'initiative de Gérald Darmanin. Conséquence : les enquêteurs traitent en priorité les cas liés au « livestream » – vidéos de violences diffusées en direct – et ne peuvent traiter que « moins de 1 % » des signalements reçus, avait reconnu en 2024 l'ancienne cheffe de l'Ofmin, Gabrielle Hazan, dans un entretien à 20 Minutes. À titre de comparaison, les forces de police britanniques comptent 800 effectifs spécialisés dans la lutte contre la pédocriminalité.
Le profil de Jérôme Barella, mis en examen et écroué pour « enlèvement et séquestration », ne cesse de s'alourdir. Les enquêteurs auraient également retrouvé dans son téléphone plusieurs comptes sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, le montrant abonné à des comptes de très jeunes filles. Ce vendredi, les obsèques de Lyhanna ont lieu à Fleurance, dans le Gers.



