Accidents de trottinettes électriques chez les enfants : une explosion des cas graves
Accidents de trottinettes : explosion des cas graves chez les enfants

Une hausse alarmante des accidents graves

Une étude menée par des soignants de l’hôpital Femme Mère Enfant de Bron, près de Lyon, publiée en juillet dans Neurosurgery, dresse un bilan « inquiétant » concernant les accidents de trottinettes électriques des enfants ces dernières années. Depuis avril, le service de déchocage de l’hôpital – la salle d’accueil des urgences vitales – enregistre environ vingt passages par mois pour des accidents de types « traumatismes crâniens ou abdominaux avec des lésions touchant souvent le foie ou la rate, fractures des membres », indiquent les pédiatres des Hospices civils de Lyon. Parmi ces jeunes patients, en majorité des adolescents de 14 ou 15 ans, environ un quart présente un état de gravité nécessitant une admission directe en réanimation pédiatrique.

Une explosion des cas post-Covid

Cette « explosion » des cas graves intervient alors que plusieurs préfectures ont rendu le port du casque obligatoire, comme dans l’Aisne, le Vaucluse, et que plusieurs communes ont pris le même type d’arrêté, comme à Nîmes. Ce genre de mesure reste, pour l’heure, seulement recommandée dans le Rhône. 20 Minutes a interrogé Pierre Petitet, docteur en sciences et interne en neurochirurgie, également premier auteur de cette étude.

Pourquoi cette étude ?

« Elle part d’un constat subjectif fait un peu par tous, au cours des gardes et des astreintes. On avait l’impression, en tant que neurochirurgiens, d’être de plus en plus sollicités pour des traumatismes crâniens en lien avec des trottinettes électriques. Et ça nous a particulièrement marqués chez l’enfant à cause de la gravité potentielle et des conséquences pour la trajectoire de vie », explique Pierre Petitet. L’étude s’intéresse à la période 2021-2025, pour éviter le facteur confondant du déconfinement post-Covid. « En ayant discuté avec des collègues dans la France, on sait que c’est un phénomène global. »

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Des chiffres spectaculaires

« Les chiffres montrent qu’on passe d’un enfant traumatisé crânien par trottinette électrique, qui a besoin d’un avis neurochirurgical en 2021, à 25 cas en 2025. C’est une augmentation spectaculaire. Ce qui m’a le plus marqué, c’est le décalage entre cette vision de la trottinette électrique comme un loisir ou un moyen de déplacement peu dangereux et la gravité des lésions qu’on pouvait observer dans un service de neurochirurgie », souligne le docteur. Sur les cinq ans, si on additionne la durée d’hospitalisation de tous les patients pris en charge en neurochirurgie, cela représente un lit occupé tous les jours pendant un an. Plus de trois quarts des enfants présentent une fracture du crâne et/ou un saignement intracrânien et, à la phase initiale, ont des altérations de conscience. Parmi eux, environ 60 % ont une nécessité de passer par la réanimation.

Des lésions graves et des handicaps durables

« La lésion qu’on rencontre le plus souvent quand on opère ces enfants, c’est l’hématome extradural, c’est-à-dire une accumulation de sang entre le crâne et la membrane qui enveloppe le cerveau. C’est une lésion qu’on retrouve souvent associée à une fracture du crâne, et qui peut évoluer vers un coma, voire un décès, si elle n’est pas prise en charge », précise Pierre Petitet. « C’est un type de lésion que l’on voyait beaucoup il y a trente ou quarante ans pour les mobylettes ou les vélos sans casque. Le profil de gravité ressemble beaucoup plus à celui des motos et des scooters qu’à celui des vélos et trottinettes standards. » Environ un tiers des enfants continuent de souffrir d’un handicap modéré à sévère (troubles de l’attention, vertiges, maux de tête, difficultés d’apprentissage), ce qui est dramatique pour leur insertion sociale.

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Des facteurs aggravants : vitesse et absence de casque

Les vitesses atteintes par les trottinettes électriques, au-dessus de 25 km/h, expliquent en partie ce constat. « C’est très traumatisant pour le corps, d’autant plus le crâne, de subir un impact à ces vitesses-là, surtout sans protection. Ce manque de protection, c’est l’autre facteur aggravant. Dans notre cohorte, un seul enfant portait un casque. Alors que, dans ce type d’accident, on est projeté vers l’avant, on plonge et c’est la tête qui heurte l’obstacle en premier lieu », détaille le chercheur. L’étude a aussi montré que la majorité des accidents (68,2 %) se sont produits sans qu’un autre véhicule ne soit impliqué, suggérant que la perte de contrôle ou les chutes isolées sont fréquentes.

Des pistes pour limiter les accidents

« Il y a une prise de conscience qui me semble nécessaire dans la population. Ce qui est frustrant, c’est que la plupart des lésions crâniennes observées sont facilement évitables par le simple port du casque. Pourtant, il n’est pas rare que les parents comme les enfants sous-évaluent le risque en percevant la trottinette comme un véhicule inoffensif. À titre d’exemple, nous avons eu le cas d’un adolescent qui en était à sa troisième chute grave avec fracture d’une vertèbre cervicale, et donc un risque de paralysie. C’est absurde que le port du casque reste simplement recommandé et pas obligatoire dans certains territoires », insiste Pierre Petitet. Il propose d’autres leviers, comme l’éducation, l’information par les messages publicitaires, ou la transformation du casque en accessoire « cool » via les réseaux sociaux et les influenceurs. « Il faut que le casque à trottinette devienne un réflexe et une norme sociale, comme la ceinture de sécurité pour la voiture ou le casque pour la moto et le scooter. »