Après le fiasco sécuritaire du 17 octobre, le gouvernement a annoncé un dispositif de maintien de l'ordre renforcé pour la mobilisation sociale du samedi 24 octobre. Des soldats de l'opération Sentinelle, des unités d'élite comme le GIGN, le Raid et la BRI, ainsi que des blindés et des hélicoptères seront déployés. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, dont la démission a été refusée lundi par Emmanuel Macron, doit détailler le dispositif jeudi 22 octobre. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu une organisation « trop statique et pas assez mobile » lors du week-end précédent.
L'armée en renfort pour sécuriser les sites fixes
Les militaires de l'opération Sentinelle seront « déployés en substitution des forces de sécurité intérieure » et « principalement affectés à des missions de sécurisation statique », a indiqué la Place-Beauvau. Ils prendront le relais sur la protection de certains sites afin de « dégager des policiers et des gendarmes pour les missions de maintien de l'ordre ». Leur nombre et les lieux concernés restent à préciser.
Lancée après les attentats de janvier 2015, l'opération Sentinelle assure déjà la protection de gares, de lieux de culte ou de sites touristiques face à la menace terroriste. Ses soldats n'ont pas vocation à encadrer les cortèges ou à disperser les manifestants, missions qui relèvent des policiers et des gendarmes. Ce dispositif rappelle celui adopté pendant le mouvement des « gilets jaunes » : le 23 mars 2019, pour « l'acte XIX », Sentinelle avait été mobilisée de manière renforcée pour sécuriser des bâtiments officiels et d'autres points fixes, avec le même objectif de libérer des effectifs policiers.
GIGN, Raid et BRI pour interpeller les groupes mobiles
Le gouvernement mobilisera également « le GIGN [groupe d'intervention de la gendarmerie nationale], la BRI [brigade de recherche et d'intervention] et le Raid ». Ces unités spécialisées appartiennent aux forces de sécurité intérieure : le GIGN est composé de gendarmes, de statut militaire, tandis que le Raid et la BRI relèvent de la police. Leurs missions habituelles – prises d'otages, attaques terroristes, interpellations dangereuses – diffèrent de celles des CRS et des gendarmes mobiles, spécialement formés au maintien de l'ordre.
Samedi, la doctrine du maintien de l'ordre sera « plus axée sur la réactivité et la mobilité pour aller chercher les groupes épars très mobiles et éclater le dispositif », explique le ministère de l'Intérieur à l'AFP. Ces unités avaient déjà été engagées lors des émeutes de juin et juillet 2023, après la mort de Nahel Merzouk, tué par un policier à Nanterre. Dès le 29 juin, environ 130 gendarmes du GIGN central et de ses antennes avaient été déployés pour interpeller des émeutiers grâce à leur « rapidité de déplacement », rapportait « l'Essor », média spécialisé dans l'actualité de la gendarmerie.
Le recours à ces unités lors des émeutes de 2023 avait toutefois présenté des lacunes. Dans un rapport du 9 avril 2024, le Sénat soulignait que ces forces spécialisées avaient été engagées dans des missions inhabituelles, « sans véritable doctrine d'emploi préalablement établie », tout en saluant « les effets extrêmement positifs de leur déploiement ». Le rapport recommandait de mieux les former aux violences urbaines et aux opérations menées avec les autres forces.
Blindés, hélicoptères et interdictions de manifester
Hélicoptères, blindés Centaure de la gendarmerie et engins lanceurs d'eau compléteront le dispositif. Ces moyens étaient déjà mobilisés le 17, avait souligné Laurent Nuñez mardi 20 octobre lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, tout en estimant qu'« il faut aller au-delà ». L'objectif est de pouvoir intervenir plus rapidement face aux violences dispersées.
Selon le ministère de l'Intérieur, les services de renseignement estiment que « des mouvements de casseurs extrêmement mobiles, y compris d'ultragauche, sont possibles samedi ». Ce renforcement pourra s'accompagner d'interdictions visant les « manifestations non déclarées et porteuses de troubles », mais aussi celles déclarées « lorsque l'organisateur ou le service d'ordre ne permet pas d'avoir l'assurance que la manifestation ne dérapera pas », précise Beauvau à l'AFP. Les préfets pourront également décréter des couvre-feux partiels, comme dans plusieurs villes depuis lundi 19 octobre. Un dispositif que doit encore détailler Laurent Nuñez jeudi.