Yassin, 33 ans, avocat : victime de préjugés car il fait trop jeune
Yassin, 33 ans : le mépris lié à son apparence juvénile

Yassin, avocat en droit des affaires de 33 ans, installé à son compte près de Nîmes, subit au quotidien les conséquences de son apparence juvénile. Il témoigne des regards condescendants et des remarques déplacées qui jalonnent son parcours professionnel, un frein qu'il ressent avec une acuité particulière depuis qu'il a prêté serment en 2018.

Un décalage permanent avec l'image attendue

« J’ai parfois l’impression de ne pas correspondre à l’image attendue pour intégrer certains cabinets très formels, avec mon vélo et mon style décontracté », confie Yassin. Ce fossé entre son physique juvénile et l'univers austère du barreau nourrit des préjugés tenaces. Dès qu'il mentionne ses enfants, ses interlocuteurs affichent leur incrédulité. « C’est un détail qui ne me gêne pas vraiment au quotidien, mais dans ma vie professionnelle je ressens un certain mépris de la part de mes pairs avocats. Beaucoup décident, au premier regard, que je ne suis pas compétent. »

Un phénomène de condescendance comparable au « mansplaining »

Yassin établit un parallèle frappant avec les femmes victimes de « mansplaining » : « Comme les femmes qui subissent du “mansplaining”, je vis ce même phénomène avec mes confrères avocats. Très régulièrement, ils m’expliquent des concepts que je connais très bien. » Cette attitude paternaliste se manifeste aussi bien lors de réunions que dans des échanges informels. Il rapporte que certains collègues lui prodiguent des conseils non sollicités, comme s'il était un stagiaire débutant, alors qu'il exerce depuis sept ans.

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Un impact réel sur la carrière et la confiance en soi

Ce décalage a des répercussions concrètes. Yassin estime que plusieurs opportunités lui ont échappé en raison de l'image qu'il renvoie. « Lors des entretiens avec des cabinets, je sens que mon apparence joue en ma défaveur. On me demande parfois mon âge avec insistance, ou on s'étonne que je sois déjà avocat. » Il a également observé que des clients, lors de premières rencontres, semblent dubitatifs avant de se laisser convaincre par ses compétences. « Je dois sans cesse prouver ma valeur, alors que mes confrères plus âgés bénéficient d'un préjugé favorable. »

Une lutte contre les stéréotypes au quotidien

Pour contrer ces préjugés, Yassin a adopté des stratégies : il soigne son langage, anticipe les questions sur son âge, et met en avant ses réalisations dès les premiers échanges. « Je ne peux pas changer mon visage, mais je peux contrôler la manière dont je me présente. Malgré tout, c'est épuisant. » Il espère que son témoignage contribuera à une prise de conscience dans le milieu juridique, encore très marqué par des codes d'apparence et d'âge. « On parle beaucoup du sexisme ou du racisme en milieu professionnel, mais très peu de l'âgisme, surtout quand il joue contre les jeunes. Il est temps d'en parler. »

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