Si tu penses bien : Géraldine Nakache filme l'emprise avec Monia Chokri
Si tu penses bien : Nakache filme l'emprise

Géraldine Nakache signe son premier film dramatique, Si tu penses bien, présenté à Cannes puis à Angoulême. L'actrice et réalisatrice, connue pour ses comédies comme Tout ce qui brille, Nous York et J'irai où tu iras, confie le rôle principal à Monia Chokri. Cette dernière est éblouissante en épouse et mère sous l'emprise d'un époux brillamment incarné par Niels Schneider.

Une relation qui se dégrade sur six ans

L'action de Si tu penses bien se déroule sur six ans, permettant aux spectateurs de reconstituer le puzzle d'une relation qui tourne au vinaigre après des premiers mois idylliques. « Au départ ils s'aiment vraiment et ce n'est que progressivement que leurs rapports se délitent au fur et à mesure qu'il veut la dominer », explique Géraldine Nakache. La subtilité de son approche fait qu'on se laisse rapidement envoûter par des va-et-vient entre les époques, menant de l'amour fou à la franche maltraitance psychologique.

L'emprise décortiquée

« Il est toujours compliqué qu'un membre du couple estime avoir plus de pouvoir que l'autre et le lui fasse sentir, insiste la réalisatrice. L'autorité du mari sur cette femme, technicienne de cinéma habituée à ne pas se laisser marcher sur les pieds, se développe petit à petit. » On pense à la grenouille trempant dans une casserole d'eau qu'on chauffe progressivement. Il va falloir un bon moment pour que l'héroïne trouve la force de se dépêtrer de la situation avec l'aide de sa mère jouée par Clémentine Célarié.

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« Elle accepte une chose pour avoir la paix, puis une autre pour préserver la famille et elle se laisse doucement isoler, précise Géraldine Nakache. Son mari la rend dépendante et la rabaisse constamment jusqu'à la faire douter d'elle-même. » Ce processus implacable est décortiqué avec soin, faisant comprendre comment une femme forte et intelligente peut se laisser manipuler jusqu'à s'effacer, jusqu'au moment où elle va décider de reprendre sa vie en mains.

La religion comme prétexte

Le culte que partagent les héros, juifs pratiquants, ne les rapproche pas mais creuse encore davantage l'impression d'enfermement que ressent cette maman humiliée. Le titre du film prend tout son sens quand le mari s'appuie sur la religion pour imposer sa loi. « Tout est question de savoir ce que veut dire "bien penser", analyse Géraldine Nakache. Pour cet homme, cela veut dire "penser comme lui" et ne pas réfléchir davantage. Toute tentative de discussion est considérée comme une révolte inacceptable. » La religion n'est pas le moteur de ce comportement. On comprend bien vite qu'elle n'est qu'un prétexte pour asseoir son autorité. Une scène brillante avec un rabbin, que nous ne détaillerons pas pour ne pas spoiler, prend une importance capitale dans le sursaut que connaît la jeune femme.

Géraldine Nakache montre un talent très vif pour le drame familial avec ce film passionnant sur la façon dont on peut se laisser enfermer puis se libérer. Il est à la fois glaçant et solaire et mérite de remporter un succès éclatant.

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