« L'homme nouveau », une figure qui fait diversion selon des chercheuses
« L'homme nouveau » : une figure qui fait diversion

Idées • Féminisme « On trie les hommes entre “bons” et “mauvais”, ce qui met la majorité d’entre eux à l’abri d’une critique structurelle » Entretien Dans le sillage du mouvement #MeToo, des hommes se sont dits « déconstruits », promettant la fin du patriarcat par l’entremise de leur féminisme. La figure de l’« homme nouveau » est pourtant un piège, expliquent les chercheuses Mélanie Gourarier et Laura Verquere dans leur essai paru chez La Déferlante. Propos recueillis par Barbara Krief et Jeanne Olagne Publié le 13 juin 2026 à 9h00 Lecture : 5 min. Abonné

À Clermont-Ferrand, en mai 2026. Avec leur essai « En finir avec l'homme nouveau », Mélanie Gourarier et Laura Verquere font part d'« un certain agacement politique face à une figure qui sature l'espace et fait diversion ». ADRIEN FILLON/HANS LUCAS VIA AFP

« L'homme nouveau », déconstruit et féministe, va-t-il prendre la relève de son aîné, le boomer misogyne ? Mieux vaut ne pas compter là-dessus, estiment Mélanie Gourarier, anthropologue et chercheuse au CNRS, et Laura Verquere, maîtresse de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université de Lille, dans « En finir avec l'homme nouveau. Critique des masculinités modernes » (La Déferlante). Pour elles, cette nouvelle classe d'hommes fait la promotion de valeurs sans, pour autant, œuvrer à un véritablement changement de société. Entretien.

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Votre essai porte sur « l'homme nouveau ». Qui est-il ? Laura Verquere : C'est une figure que j'ai croisée à de nombreuses reprises en travaillant, pour ma thèse, sur le problème public de l'allongement du congé paternité. On présentait alors les « nouveaux pères » comme la solution miracle pour pallier les inégalités domestiques. Mais cette figure est problématique car elle individualise la question du patriarcat et évite une remise en cause structurelle. Elle crée une hiérarchie entre les hommes : les « bons », déconstruits, et les « mauvais », restés dans le patriarcat. Cela met la majorité des hommes à l'abri d'une critique globale du système.

Mélanie Gourarier : L'homme nouveau est un leurre. Il promet une transformation personnelle qui ne remet pas en question les privilèges masculins dans la sphère publique et économique. Au contraire, il les renforce en donnant une bonne conscience. Il faut plutôt s'attaquer aux structures qui maintiennent les inégalités, comme la division sexuée du travail ou la sous-représentation des femmes dans les instances de pouvoir.

Comment expliquer le succès de cette figure ? Laura Verquere : Elle est séduisante car elle offre une solution sans conflit. Les hommes peuvent se sentir féministes sans avoir à renoncer à leurs privilèges. Elle est aussi portée par des médias et des entreprises qui y voient un marché. Mais cela détourne l'attention des véritables enjeux : la violence économique, la charge mentale, les violences conjugales.

Mélanie Gourarier : Il y a aussi une dimension générationnelle. Les jeunes hommes urbains, diplômés, se revendiquent volontiers « déconstruits » pour se distinguer des hommes plus âgés ou moins éduqués. Mais cela ne change rien aux rapports de pouvoir. Le féminisme ne doit pas être une mode ou un signe de distinction sociale.

Quelles alternatives proposez-vous ? Laura Verquere : Il faut arrêter de miser sur la bonne volonté individuelle et exiger des politiques publiques fortes : congé parental égalitaire, quotas dans les entreprises, éducation non sexiste dès le plus jeune âge. Et surtout, écouter les femmes et les minorités de genre, sans laisser les hommes occuper le devant de la scène.

Mélanie Gourarier : Nous devons en finir avec l'homme nouveau et repolitiser le féminisme. Cela passe par une critique radicale des masculinités, y compris celles qui se disent progressistes. Le changement ne viendra pas d'une nouvelle figure masculine, mais d'une transformation collective des rapports sociaux de sexe.

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