Suppression du numerus clausus : une réforme historique
À partir de la rentrée 2020, le numerus clausus, qui limitait le nombre d'étudiants en médecine depuis 1971, est officiellement supprimé. Cette décision du gouvernement vise à répondre à la pénurie de médecins en France, où l'on compte 3,2 médecins pour 1 000 habitants, bien en dessous de la moyenne européenne (3,6). La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé que le numerus clausus serait remplacé par un système de « numerus apertus », censé être plus flexible et adapté aux besoins du territoire.
Les critiques des étudiants et des syndicats
Malgré cette annonce, la réforme est loin de faire l'unanimité. Pour les étudiants en médecine, la suppression du numerus clausus ne résout pas le problème de fond : le manque de moyens et de places dans les facultés. « On nous promet plus d'étudiants, mais les amphithéâtres sont déjà bondés et les stages manquent », dénonce Martin, 22 ans, étudiant en 3e année de médecine à Paris. Selon une enquête de l'Union nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), 78 % des étudiants estiment que les conditions d'étude se sont dégradées ces dernières années.
Un numerus clausus maintenu de fait ?
Si le numerus clausus est supprimé sur le papier, de nombreux observateurs estiment qu'il sera maintenu de fait par les capacités d'accueil limitées des universités. En effet, les facultés de médecine ne pourront pas accueillir un nombre illimité d'étudiants, faute de locaux et d'enseignants. Le Syndicat national des enseignants de médecine (SNEM) a d'ailleurs alerté sur le fait que « sans moyens supplémentaires, la réforme ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau ». Le gouvernement a promis 200 millions d'euros supplémentaires pour les études de santé, mais les syndicats jugent ce montant insuffisant.
Une sélection toujours présente via le concours
Par ailleurs, la réforme prévoit une nouvelle voie d'accès aux études de médecine, avec un concours en fin de première année (PASS) et une licence accès santé (LAS). Mais pour les détracteurs de la réforme, cette nouvelle organisation ne fait que déplacer la sélection, sans la supprimer. « On passe d'un numerus clausus à un numerus apertus, mais le concours reste aussi sélectif qu'avant », déplore Sarah, 20 ans, étudiante en LAS à Lyon. Selon les chiffres du ministère, seuls 20 % des étudiants en PASS réussiront à intégrer la deuxième année de médecine.
L'impact sur la démographie médicale
À long terme, la réforme devrait permettre d'augmenter le nombre de médecins formés, mais les effets ne se feront sentir que dans 10 à 15 ans, le temps que les nouveaux étudiants terminent leurs études. Actuellement, la France compte environ 300 000 médecins, dont un tiers a plus de 60 ans et devrait partir à la retraite dans les prochaines années. Selon l'Ordre des médecins, il manquerait déjà 10 000 médecins généralistes dans les déserts médicaux.
Des expérimentations dans certaines régions
Pour pallier cette pénurie, certaines régions ont déjà mis en place des expérimentations, comme l'ouverture de maisons de santé pluriprofessionnelles ou le recours à des médecins étrangers. En Île-de-France, une convention a été signée avec l'université de Bucarest pour former des médecins roumains, qui viendront exercer dans les zones sous-dotées. Mais ces solutions restent ponctuelles et ne sauraient remplacer une réforme structurelle des études de médecine.
Les syndicats appellent à une mobilisation
Face à ce qu'ils considèrent comme une réforme inaboutie, les syndicats étudiants appellent à une journée de grève et de manifestations le 15 novembre prochain. Ils réclament notamment un moratoire sur la réforme et une augmentation significative des moyens alloués aux facultés de médecine. « Nous ne voulons pas d'une réforme qui sacrifie la qualité de la formation sur l'autel de la quantité », affirme le président de l'Anemf, Paul Morin.
Le gouvernement défend sa réforme
De son côté, le gouvernement continue de défendre sa réforme, estimant qu'elle est indispensable pour répondre aux besoins de santé de la population. « Nous avons besoin de former plus de médecins, et cette réforme est la première étape d'une transformation plus large du système de santé », a déclaré le ministre de la Santé, Olivier Véran. Il a également rappelé que la suppression du numerus clausus était une promesse de campagne d'Emmanuel Macron, et qu'elle était attendue depuis longtemps par les professionnels de santé.



