L'Unesco tire la sonnette d'alarme sur le recul des filles en mathématiques
Une étude approfondie de l'Unesco, publiée jeudi, révèle un recul inédit et préoccupant des performances des filles en mathématiques depuis 2019. Cette tendance marque une inversion complète de la dynamique positive observée durant les deux décennies précédentes, où les écarts entre filles et garçons s'étaient progressivement réduits.
Des chiffres qui illustrent une inquiétante régression
L'analyse, co-rédigée avec l'Association internationale pour l'évaluation de la réussite éducative (IEA), s'appuie sur des données de l'étude TIMSS recueillies entre 1995 et 2023 dans 47 pays et territoires en fin de primaire et 38 dans le premier cycle du secondaire. Parmi les pays étudiés figurent l'Espagne, la Chine, l'Australie et les États-Unis.
Les résultats sont sans appel : en 2023, les garçons surpassent les filles en fin de primaire dans 81% des pays étudiés, contre seulement 52% en 2019, 39% en 2015, 41% en 2011 et 26% en 2003. Cette progression spectaculaire témoigne d'un renversement de tendance majeur.
Une répartition des compétences qui se dégrade
Les écarts se reflètent également dans la répartition des niveaux de compétences. En 2023, 21% des pays affichaient une proportion plus élevée de filles n'atteignant pas le seuil international minimal en mathématiques en fin de primaire, contre seulement 4% en 2019 et 2% en 2015. Parallèlement, depuis 2007, la part des pays où les garçons ont un niveau particulièrement bas n'a cessé de diminuer, au point de pratiquement disparaître en 2023 (2%).
La situation en France et l'impact de la crise du Covid
En France, une étude de l'Institut des études publiques publiée en 2024 a montré que si les filles et les garçons ont un niveau similaire à leur entrée à l'école primaire, vers l'âge de cinq ou six ans, les filles commencent à accuser un retard au bout de quelques mois seulement. Dans le secondaire, la situation apparaît plus nuancée mais la tendance demeure préoccupante.
L'Unesco et l'IEA attribuent en partie ce recul aux effets durables de la crise du Covid. Les fermetures prolongées d'écoles ont accru les pertes d'apprentissage en mathématiques et fragilisé la confiance et la mobilisation des filles, creusant davantage les écarts existants.
Des compétences essentielles pour l'avenir
« Cette tendance est préoccupante », alerte l'organisation onusienne, selon qui des compétences solides en mathématiques sont essentielles « pour stimuler le développement économique et social, favoriser l'innovation et trouver des solutions aux problèmes mondiaux urgents ». La maîtrise des mathématiques constitue un enjeu crucial pour l'égalité des chances et le progrès sociétal.
Des recommandations pour inverser la tendance
Pour enrayer cette dynamique négative, l'Unesco et l'IEA appellent à agir dès l'école primaire en mettant en œuvre plusieurs mesures prioritaires :
- Renforcer la confiance des filles en mathématiques à travers des activités ludiques et engageantes
- Former les enseignants aux biais de genre pour lutter efficacement contre les stéréotypes
- Assurer un suivi systématique des résultats par sexe pour mieux identifier et corriger les disparités
- Développer des programmes éducatifs adaptés qui tiennent compte des spécificités d'apprentissage
Cette étude souligne l'urgence d'une action concertée et déterminée pour garantir l'égalité des chances en mathématiques et permettre aux filles de réaliser leur plein potentiel dans ce domaine fondamental pour l'avenir.



