Un rapport commandé par le gouvernement et remis le 23 juin 2023 à la ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye, alerte sur l'urgence d'adapter l'école au changement climatique. Intitulé « Adapter l'école au changement climatique : un enjeu de justice sociale et de santé publique », ce document de 120 pages pointe le manque de préparation des établissements scolaires face aux canicules et autres événements climatiques extrêmes.
Des constats alarmants
Le rapport, rédigé par le Conseil supérieur des programmes (CSP) et l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR), dresse un constat sans appel : « On ne prépare pas une canicule pendant la canicule. » Il souligne que la majorité des écoles, collèges et lycées ne sont pas conçus pour faire face à des températures élevées. Selon les auteurs, 70 % des bâtiments scolaires construits avant 1975 ne disposent pas d'isolation thermique adaptée, et moins de 10 % sont équipés de climatisation.
Le rapport cite également une étude de Météo-France qui prévoit une multiplication par quatre des épisodes de canicule d'ici 2050. Il estime que 40 % des établissements scolaires sont situés dans des zones exposées à des températures dépassant les 35°C lors des vagues de chaleur.
Des recommandations concrètes
Le rapport formule 15 recommandations pour adapter l'école au changement climatique. Parmi elles, la création d'un « plan canicule » pour chaque établissement, la végétalisation des cours de récréation, l'installation de brise-soleil et de systèmes de ventilation naturelle, ou encore l'adaptation des horaires scolaires pendant les périodes de forte chaleur.
Il préconise également de former les enseignants et le personnel à la gestion des crises climatiques et d'intégrer l'éducation au changement climatique dans les programmes scolaires dès le plus jeune âge. Le coût estimé de ces mesures est de 5 milliards d'euros sur dix ans, selon les calculs du rapport.
Une urgence sanitaire et sociale
Le rapport insiste sur le fait que l'adaptation de l'école au changement climatique est un enjeu de santé publique et de justice sociale. Les auteurs rappellent que les enfants sont particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs, et que les établissements situés dans les quartiers défavorisés sont souvent les moins bien équipés.
Selon une enquête de l'Observatoire des inégalités, citée dans le rapport, 60 % des écoles en zone d'éducation prioritaire (REP) ne disposent pas d'ombre suffisante dans les cours de récréation, contre 30 % dans les autres zones. Le rapport appelle à une « priorisation des investissements dans les établissements les plus exposés et les plus vulnérables ».
Réactions du gouvernement
La ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye, a salué un rapport « très complet et très utile » et a annoncé la création d'un groupe de travail interministériel pour étudier les recommandations. « Nous devons agir vite et de manière coordonnée », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse. « L'école doit être un lieu sûr pour nos enfants, même en période de canicule. »
Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a également réagi en soulignant que « l'adaptation au changement climatique est un chantier transversal qui concerne tous les secteurs, y compris l'éducation ». Il a promis un plan d'investissement pour la rénovation thermique des bâtiments scolaires dans le cadre du plan « France Nation Verte ».
Des précédents inquiétants
Le rapport rappelle que lors de la canicule de juin 2022, plusieurs écoles avaient dû fermer faute de pouvoir garantir des conditions de sécurité sanitaire. À Marseille, une école avait atteint 42°C dans certaines classes, provoquant l'évacuation des élèves. Ces épisodes ont mis en lumière le manque de préparation et ont conduit à la commande de ce rapport.
Les auteurs soulignent également que le réchauffement climatique n'est pas seulement un problème estival : les températures élevées peuvent survenir dès le printemps et se prolonger à l'automne, perturbant le calendrier scolaire.
Le rapport sera présenté au Conseil supérieur de l'éducation le 6 juillet prochain, avant d'être soumis au Parlement pour un éventuel débat.



