Phase d'admission de Parcoursup : stress et erreurs de manipulation au cœur de la cellule d'aide académique
Alors que les candidats ont reçu ce 2 juin les résultats de leurs vœux d'inscription sur la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur, le stress et les erreurs de manipulation provoquent une vague d'appels vers le pôle d'accompagnement du rectorat de Montpellier. Reportage auprès de cette cellule de psychologues dédiés à cette mission d'orientation.
Des appels en hausse après les résultats
“Non, vous ne pouvez pas repostuler sur une formation qui vous a été refusée. Allez voir le contenu de la licence AES, je pense que ce serait une bonne alternative pour vous plutôt que la licence d'économie. Mais regardez bien si ça vous plaît !” D'une voix douce et assurée, Mireille a essayé d'aiguiller cette jeune fille qui cherche encore sa voie. Pour la plupart des élèves de terminale de l'académie de Montpellier, c'est une semaine de vérité, chargée d'excitation mais aussi de stress. Les résultats aux vœux d'orientation et d'inscription dans l'enseignement supérieur qu'ils ont formulés sur la plateforme Parcoursup sont en effet tombés ce mardi 2 juin en fin de journée. Des joies, des peines, et encore beaucoup de doutes et de questions.
Erreurs de manipulations et demandes d'explications
Autant dire que les téléphones du pôle d'accompagnement de la Délégation de Région Académique à l'Information et à l'Orientation (DRAIO) ont été pris d'assaut ce mercredi. Le numéro vert national (0800 400 070) associé à Parcoursup aiguille les candidats vers ces cellules régionales au sein de leur académie. Au rectorat de Montpellier, six psychologues scolaires répondent en permanence aux 7 000 appels reçus chaque année, épaulés par des collègues qui prennent en charge les demandes formulées par mail. “Depuis ce matin, nous recevons essentiellement deux types d'appels, explique Odile Fabre, responsable du pôle. Des parents qui veulent comprendre pourquoi leur enfant est en liste d'attente dans tel ou tel établissement malgré un très bon dossier. Il faut leur expliquer que la concurrence est très rude et les places rares sur ces cursus. Nous avons aussi beaucoup de lycéens qui ont fait une erreur de clic et répondu non à un vœu qu'ils voulaient accepter. Nous leur expliquons alors comment se remettre dans la boucle de ce vœu mais en liste d'attente.”
“Ce n'est pas la plateforme mais le choix à faire qui est source de stress”
En clair, cette erreur de clic, liée à la précipitation, s'avère souvent fatale, apportant de l'eau au moulin de cette maman d'un élève montpelliérain de terminale : “Cette plateforme est lourde et vraiment source de stress au sein des familles.” “Ce n'est pas la plateforme mais le moment crucial du choix qui est source de stress, nuance Michaël Decool, directeur de la Draio. Il y a tout un questionnement derrière les vœux : Est-ce que je me vois vraiment là-dedans ? Il faut rassurer les jeunes, leur faire comprendre que tout ne se joue pas aujourd'hui. Ce n'est que le début d'un processus continu et solidaire. Pour beaucoup, Parcoursup s'arrête aujourd'hui. Deux tiers des élèves de terminale ont déjà reçu des réponses favorables à leurs vœux, et de nombreuses places en liste d'attente vont se libérer en vue de la phase complémentaire.”
Une commission d'accès à l'enseignement pour les cas les plus difficiles
Les élèves ont en effet jusqu'à jeudi soir pour accepter ou refuser les places proposées. Ils auront ensuite quatre jours pour classer par préférence les vœux acceptés. Une phase complémentaire s'ouvrira alors le 11 juin, permettant à chaque candidat de formuler au moins dix demandes supplémentaires sur des formations encore disponibles. Plus de 83 000 candidats au national avaient obtenu des inscriptions sur cette phase l'an dernier. “Et pour ceux qui galèrent le plus à trouver une place, des commissions d'accès à l'enseignement supérieur sont disponibles tout l'été pour formuler des propositions en lien avec les places encore disponibles”, assure Michaël Decool.
Plus d'étudiants, moins de places, une année tendue
Avec 27 000 formations proposées, Parcoursup n'a cessé de grandir depuis sa mise en service, il y a huit ans. Parmi les formations les plus demandées cette année figurent toujours les écoles d'infirmiers, les licences Staps et Pass mais aussi la nouvelle licence éducation, qui forme désormais les enseignants à Bac + 3. Convoité par 87 000 candidats sur Parcoursup, ce nouveau cursus “professorat des écoles” devient la 8e licence la plus demandée devant l'histoire, les sciences politiques ou encore la sociologie. La demande approche dix fois la capacité d'accueil. C'est du reste un des soucis alors que l'on aborde les années les plus tendues en termes de demandes. 2010 avait en effet marqué un pic de naissance en France (832 000) au XXIe siècle. Les bacheliers vont inonder facs et écoles dans les trois ans alors que les effectifs du supérieur ont déjà franchi les 3 millions l'an dernier. Parallèlement, le nombre de places proposées sur Parcoursup est en baisse selon nos confrères du Monde avec 43 000 places de moins en 2025 et 10 300 de moins cette année. Un engorgement que la baisse de la natalité ne commencera à impacter réellement qu'en 2033.
Le pôle d'accompagnement, les urgences de Parcoursup
Si tout se passe bien pour une majorité de candidats, le pôle d'accompagnement de la Draio, c'est un peu les urgences du Parcoursup. “Ce matin, j'ai eu un candidat affolé qui avait oublié en avril de valider certains vœux alors qu'on lui avait adressé des mails de relance, explique Dominique. Dans ces cas-là, on peut juste leur dire qu'il restera éventuellement de la place en phase complémentaire. Un autre était désespéré car il avait postulé en Staps uniquement hors académie de Montpellier, mais ces cursus ne prennent que 5 % d'élèves extérieurs à la zone…” “On est là pour rassurer, donner des infos auxquelles ils n'ont pas pensé, expliquer comment classer ses vœux…”, appuie Mireille.
“Ils sont souvent très reconnaissants”
Les parents ne sont pas les derniers à appeler, pour des conseils de prise en main de l'outil notamment, parfois surpris de ne pas tomber sur une plateforme robotisée. “Ils sont souvent très reconnaissants, se félicite Dominique. Mon dernier cas de grosse agressivité remonte à 3 ans. Ils sentent qu'on cherche à trouver une solution. Dans l'orientation, il y a une multitude de chemins. On s'efforce de leur proposer le meilleur.” “Parcoursup, c'est un travail de fond sur toute l'année, conclut Michaël Decool. Des webinaires avec les profs principaux qui conseillent les élèves, les préparent à bien gérer en amont cette phase de réponse aux vœux. Parfois un proviseur nous appelle en direct avec un élève dans son bureau. C'est ça aussi, l'humain derrière la plateforme.”



