Frais d'inscription universitaire : vers une multiplication par cinq d'ici 2030 ?
Frais d'inscription universitaire : vers un quintuplement ?

Un rapport remis au gouvernement ce mercredi préconise une augmentation significative des frais d'inscription dans les universités françaises, pour éviter un « appauvrissement » des établissements. Selon ce document de 117 pages, le modèle de financement actuel « ne sera plus soutenable d'ici à 2030 ». Les auteurs, Jérôme Fournel (inspecteur général des finances et ex-directeur de cabinet de Michel Barnier) et Gilles Roussel (ex-président de l'université Gustave Eiffel), suggèrent de multiplier par cinq les droits d'inscription pour les étudiants français.

Des hausses progressives ou immédiates

Actuellement, un étudiant français non boursier paie 178 euros pour une année de licence et 254 euros pour un master. Le rapport propose que le coût d'une année de licence « pourrait atteindre 900 euros et celui d'une année de master 1.300 euros ». Cette augmentation « dégagerait autour de 1,5 milliard d'euros supplémentaires » pour les universités. Deux scénarios sont envisagés : une hausse progressive « sur cinq ou six ans » ou une « hausse intégrale » dès la première année. Toutefois, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a répété qu'il n'y aura « pas de changement des droits d'inscription l'année prochaine », soit pour les rentrées 2026 et 2027.

Un système de bourses refondu

Pour éviter de pénaliser les étudiants les plus modestes, le rapport prévoit « un barème progressif qui exonère les étudiants aux revenus les plus modestes via une refondation du système de bourses ». Les recettes supplémentaires reviendraient directement aux universités. Actuellement, les droits d'inscription représentent 1,9 % du coût estimé des formations, contre 3 % des ressources universitaires en 2025. Le rapport vise à atteindre « globalement 10 % des ressources universitaires ».

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Un déficit de 2 milliards d'euros en 2030

Le rapport alerte sur « un risque majeur d'appauvrissement et de dysfonctionnement d'un nombre croissant d'universités, si le modèle reste en l'état ». Entre 2018 et 2025, les moyens octroyés aux universités ont « augmenté de 26 %, soit plus de 3 milliards d'euros de hausse en euros courants », principalement grâce à des ressources publiques, tandis que le nombre d'étudiants n'a augmenté que de 3 %. Cependant, la situation financière des quelque 70 universités se dégrade, notamment en raison de l'augmentation des charges de personnel. Les coprésidents anticipent « un déficit d'environ 2 milliards d'euros en 2030 » si rien n'est fait. La trésorerie libre d'emploi est déjà inférieure à 10 %.

Plus d'autonomie et diversification des ressources

Les auteurs plaident pour une autonomie accrue des universités, encore « très partielle », dans la gestion de leurs personnels. Ils les encouragent à « diversifier » « encore davantage » leurs ressources publiques et privées, notamment en valorisant mieux leur immobilier (actuellement 0,6 % des recettes), en « développant des cursus payants » ou en nouant des partenariats avec des entreprises. Ils estiment également que les universités devraient pouvoir adapter ou réduire leur offre de formation de manière autonome, en fonction de leurs moyens et des besoins des territoires.

Une subvention publique toujours majoritaire

Malgré ces pistes, la subvention pour charge de service public versée par l'État doit rester « la ressource principale » des universités (76 % actuellement), selon le rapport. Elle devrait suivre a minima l'inflation, mais une partie pourrait être conditionnée à des objectifs. Jérôme Fournel a résumé : « Avec toute cette palette, on peut avoir une palette de recettes qui contribuent à restaurer un modèle financier soutenable. »

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