Chaque mardi, la classe d'Amandine Vigné, composée de quatorze enfants répartis sur trois niveaux, quitte les murs de l'école Guilhem-Adémar de Meyrueis en Lozère pour apprendre en pleine nature. Cette pratique, initiée il y a sept ans, vise à reconnecter les élèves à leur environnement et à développer leur autonomie.
Une pédagogie immersive au bord de la rivière
Les élèves emportent ardoises et crayons sur leur aire terrestre éducative, située à dix minutes à pied. Là, les leçons de français prennent vie : "Comment ça s'écrit écrevisse ?" demande un élève, tandis que l'animal évolue dans la rivière sous leurs yeux. Les CE2 et CM1 rédigent des phrases au futur, tandis que les CE1 révisent l'orthographe des mots avec "ç" ou "tion".
La séance débute par un "moment pour soi" de dix minutes, où chacun observe en silence. Ashley, assise en lotus, écoute le bruit de l'eau. "On ne doit pas parler aux autres, rester calme, mais on peut observer", explique-t-elle.
Un engagement renforcé après la crise sanitaire
Amandine Vigné a intensifié cette approche après la pandémie, constatant que les enfants manquaient d'activités extérieures. "Certains faisaient juste école-maison, toujours enfermés. Il était nécessaire de sortir et de les faire bouger", confie-t-elle. Bien que quelques parents aient été réticents au début, les progrès en autonomie des enfants ont vite convaincu.
L'enseignante souligne un paradoxe : "Un élève de CM2 n'avait jamais grimpé dans un arbre, alors qu'on vit à la campagne. Des enfants n'avaient pas de bottes, alors qu'il y a trois rivières à Meyrueis !"
Un espace dédié à la biodiversité
Grâce au soutien de la commune et à une subvention de l'Office français de la biodiversité, l'école a aménagé une aire terrestre éducative. Les élèves ont réalisé un état des lieux de la faune et de la flore, observé leurs trouvailles au collège à la loupe binoculaire, et installé un coin compost, un abri à reptiles et des plantes aromatiques. "L'hiver, nous avons bu de la tisane de menthe ou de mélisse en classe", raconte Amandine Vigné.
Ce jour-là, Ezyo utilise une cisaille pour couper des branches de noisetier, qui serviront de toit à une cabane. "Être dehors sollicite des compétences différentes. On sort quel que soit le temps, on travaille autrement, le ressenti a son importance, on mémorise différemment. Et on améliore le bien-être et le climat scolaire", ajoute-t-elle.
Des mathématiques grandeur nature
Les exercices de maths prennent une dimension concrète : mesurer une brindille, puis la hauteur du portail de la parcelle. Les plus grands se souviennent comment utiliser une croix de bûcheron pour mesurer une poulie sur une façade du village. Un problème d'horaire de fermeture du boucher et de temps de trajet est résolu devant sa boutique, digne d'un manuel scolaire.
À 16 h 30, l'heure du retour à l'école, Antoine s'exclame : "Mais comment ça se fait ? J'ai plein d'herbe dans ma trousse !" Une preuve que la nature a investi les apprentissages.



