Une nouvelle mesure légale, entrée en vigueur ce 1er septembre, bouleverse les règles de la vie scolaire en France. Désormais, un élève peut être contraint de changer d'établissement en raison du comportement de ses parents. Cette disposition, inscrite dans la loi pour une école de la confiance, permet au chef d'établissement de saisir le directeur académique des services de l'Éducation nationale (Dasen) pour demander une réaffectation de l'élève.
Une mesure pour protéger la communauté éducative
Selon le ministère de l'Éducation nationale, cette décision fait suite à des années de signalements d'incidents impliquant des parents d'élèves. En 2022, 4 300 faits de violence verbale ou physique de parents envers des enseignants ont été recensés, soit une hausse de 12 % par rapport à 2019. « Il s'agit de protéger les enseignants et les autres élèves, tout en rappelant que l'autorité parentale ne doit pas entraver le bon fonctionnement de l'école », explique Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation.
La procédure est strictement encadrée. Le chef d'établissement doit d'abord tenter une médiation avec les parents. En cas d'échec, il peut adresser un rapport circonstancié au Dasen, qui décide après avoir entendu la famille. L'élève est alors réaffecté dans un autre établissement public, sans que ses droits pédagogiques ne soient compromis. L'objectif n'est pas de punir l'enfant, mais de préserver la sérénité de l'école.
Les réactions des syndicats et des parents d'élèves
Les syndicats enseignants saluent une avancée. « C'est une réponse nécessaire face à des comportements qui pourrissent le climat scolaire », affirme Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU. Toutefois, certaines associations de parents d'élèves expriment des réserves. « On risque de stigmatiser des familles déjà fragiles, sans traiter le fond du problème », estime Valérie Marty, présidente de la FCPE. Selon elle, 65 % des parents concernés sont souvent en situation de précarité ou de détresse sociale.
Le texte précise que le comportement doit être « grave et répété » pour justifier une telle mesure. Les cas de violence avérée, de menaces ou de harcèlement envers le personnel ou les autres parents sont visés. L'élève conserve le droit à une scolarité normale, mais son parcours peut être perturbé. Le ministère prévoit un accompagnement psychologique si nécessaire.
Un dispositif controversé mais appliqué
Déjà expérimenté dans quelques académies depuis 2020, ce dispositif a concerné 120 élèves l'an dernier. Les retours sont mitigés : 70 % des enseignants concernés estiment que la situation s'est améliorée, mais 30 % déplorent un simple déplacement du problème. « Cela ne résout pas les causes profondes, comme le manque de dialogue entre l'école et les familles », nuance un rapport de l'inspection générale.
En pratique, le changement d'établissement peut être difficile pour l'élève, notamment en termes d'intégration. Les associations de défense des droits de l'enfant rappellent que l'intérêt supérieur de l'enfant doit primer. La Défenseure des droits, Claire Hédon, a émis un avis réservé, estimant que « la mesure est disproportionnée si d'autres solutions n'ont pas été épuisées ».
Une application progressive dans les académies
Dès cette rentrée, les 30 académies sont tenues de mettre en place des cellules d'écoute et de médiation. Un bilan sera dressé en juin 2024. Le gouvernement espère ainsi réduire les tensions dans les établissements scolaires, où 8 % des enseignants déclarent avoir été victimes d'agressions de parents en 2021-2022. La question reste ouverte : cette mesure protège-t-elle vraiment l'école ou risque-t-elle d'exclure des familles déjà marginalisées ?



