Les habitants de Port Grimaud ont franchi une étape décisive dans leur volonté de se séparer de la commune de Grimaud. Une pétition a été déposée en préfecture le 31 juillet, lançant officiellement la procédure de création d'une commune à part entière. Cette initiative, portée par le conseiller municipal d'opposition Marc Dorgnon et Denise Spoerry, vise à mettre fin à un conflit qui oppose la cité lacustre à la municipalité varoise depuis 2021.
Un conflit né de la gestion des contrats d'amodiation
Le conflit trouve son origine dans la décision du maire de Grimaud, Alain Benedetto, de mettre fin par anticipation aux contrats d'amodiation des propriétaires de Port Grimaud. En 2022, la gestion de la cité lacustre a été reprise en régie, et deux nouvelles formules de contrat ont été proposées : un contrat sur 35 ans ou un contrat renouvelable chaque année. Dans les deux cas, les nouveaux textes excluent l'amarrage du titre de propriété, remettant en cause le principe architectural fondateur de François Spoerry, qui voulait que le bateau fasse partie intégrante du foyer.
Pour la mairie, ce changement serait nécessaire pour se conformer à la nouvelle considération administrative de Port Grimaud, qui date de 1984, lorsque le plan d'eau, ouvert sur la mer, est entré dans le giron de l'État. Mais pour les propriétaires, cette décision est vécue comme une trahison. « Les Port Grimaudois ont été profondément choqués. Il n'y a pas eu de communication en amont, c'est tombé brutalement », témoigne Denise Spoerry.
1 300 procédures judiciaires en cours
La situation s'est envenimée malgré les tentatives de médiation. Marc Dorgnon raconte : « Je n'ai rien de personnel contre le maire, je suis allé le rencontrer en octobre 2021 pour proposer des négociations car cette décision allait mener à des contentieux inévitables. Il n'en a pas voulu. » Le tribunal administratif de Toulon a proposé une médiation début 2022, que les trois associations syndicales ont acceptée, mais la municipalité a décliné. « Depuis, la situation ne fait qu'empirer. Il faut que cela cesse », ajoute-t-il.
Aujourd'hui, 1 300 procédures judiciaires sont en cours entre les tribunaux administratif et judiciaire. « La mairie a provisionné 6 millions d'euros pour se défendre. Selon mes calculs, ce serait plutôt 15 millions d'euros. Ce conflit va coûter très cher autant pour les habitants du village que de Port Grimaud », avertit l'élu minoritaire.
La procédure de création de commune
La pétition déposée en préfecture est la première étape d'un processus long et encadré. Elle devait recueillir au moins un tiers des signatures des électeurs inscrits dans la zone concernée, condition qui a été remplie. Une deuxième pétition devra être déposée un an plus tard. Si les deux sont positives, le préfet sera obligé d'instruire le dossier, puis d'ouvrir une enquête publique. La décision finale reviendra à l'État.
En attendant, les porteurs du projet doivent prouver la viabilité financière des deux communes une fois séparées. « En prenant en compte le potentiel fiscal de chacune, il n'y a pas de problème », avance Marc Dorgnon. Ce désir d'affranchissement semble marquer un point de non-retour : « La relation est quasiment détruite, la confiance n'est plus là. Même si la justice nous donne raison, il faut aller au bout pour éviter que cela ne se reproduise », tranche-t-il.
Un projet de village déjà bien esquissé
Si Port Grimaud obtient son indépendance, la première décision serait d'arrêter le projet de travaux qui cristallise les tensions, afin de « mener une autre réflexion sur l'aménagement ». Les limites de la nouvelle commune seraient la Giscle, la route du littoral et le ruisseau de Saint-Pons, avec une interrogation pour le camping des Prairies de la mer et la zone des Jardins de la mer. La mairie prendrait place dans le bâtiment du syndicat d'initiatives, hors des copropriétés.
« On aurait besoin d'un cimetière mais il nous reste du foncier disponible. Et pour les écoles nous devrons passer des conventions », se projette Marc Dorgnon. Si la Communauté de communes, que Port Grimaud rejoindrait, devient une métropole, le groupe a anticipé la construction de logements sociaux. « Il y a déjà une pharmacie, un médecin à l'année, un kinésithérapeute, une infirmière, un ostéopathe et tous les commerces pour se nourrir. Port Grimaud fonctionne déjà comme un village », appuie l'élu.
La cité lacustre, composée à majorité de résidences secondaires (2 200 sur 2 500), avec peu d'espace public, pourrait suivre l'exemple d'autres territoires. « Ce n'est pas interdit ni inimaginable. Il y a bien des stations de ski qui sont séparées de leur village car leurs intérêts divergeaient. C'est la même chose chez nous. Nous devons nous séparer pour continuer nos chemins côte à côte », conclut Marc Dorgnon. Depuis 1993, près d'une centaine de territoires se sont séparés de leur commune, tandis que 2 670 anciennes communes ont fusionné depuis la loi du 16 mars 2015. Le maire de Grimaud n'a pas souhaité commenter la démarche, et la préfecture n'a pas répondu avant la publication de l'article.



