En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, 18 % des habitants « envisagent sérieusement de partir » en raison des canicules à répétition, selon un sondage leboncoin rapporté par l'AFP. Ce chiffre contraste fortement avec la Bretagne, où seulement 1,3 % des sondés envisagent un départ. La fraîcheur et le confort d'été sont devenus des critères immobiliers à part entière, modifiant les recherches de logements et les stratégies des acheteurs et des vendeurs.
Des critères de recherche bouleversés par la chaleur
Les trois vagues de chaleur de l'été 2026 ont profondément marqué les Français. Désormais, lors de la recherche d'un nouveau logement, ils scrutent la présence de volets, de climatiseur, voire de piscine, ainsi que l'exposition au soleil. « L'exposition sud n'est plus autant demandée qu'avant. Au dernier étage d'un immeuble haussmannien, la chaleur à l'intérieur devient vraiment insupportable », observe Joseph Denke, agent immobilier chez FredéLion à Paris, qui constate une évolution des critères depuis quelques mois.
Cette préoccupation est illustrée par Camille Couturier, un intermittent du spectacle de 30 ans, qui visite un studio de 14 m² à Paris. « Être sous les toits, c'est quelque chose qui peut être inquiétant, qui pourrait être un point négatif à l'appartement », relève-t-il près de la fenêtre ouverte du logement non-traversant. En achetant, il se projette « au moins à 10-15 ans » et s'inquiète de savoir s'il pourra « utiliser cet appartement de manière vivable » ou « devoir fuir comme tout le monde parce qu'il fait trop chaud ».
Un logement sur deux serait une « bouilloire thermique »
Selon une étude de Pouget Consultants et Ignes, un logement sur deux en France serait une « bouilloire thermique ». Parmi les 1.750 utilisateurs de la plateforme leboncoin interrogés en juin, 8 sur 10 déclarent avoir ressenti un inconfort lié aux fortes chaleurs. Ce malaise pousse un tiers des répondants à ne pas exclure de déménager si les canicules s'intensifient.
Pour Sophie Bourg, directrice marketing de leboncoin immobilier, les canicules ne sont plus perçues « comme des épiphénomènes » mais « sont vraiment intégrées comme étant structurelles dans les choix résidentiels ». « La fraîcheur, le confort d'été sont devenus un critère immobilier à part entière », assure-t-elle.
Volets, arbres et questions concrètes sur la température
Exposition, étage, piscine, climatisation, volets, possibilité de faire des courants d'air, espaces extérieurs, terrasse ombragée et même présence d'arbres dans le quartier font désormais partie des critères et discussions que les professionnels de l'immobilier interrogés par l'AFP voient émerger. « Les acquéreurs ne regardent plus seulement le logement, mais plutôt son habitabilité. Ils ne vont plus se contenter seulement du diagnostic de performance énergétique, mais interroger les agents immobiliers avec des questions très concrètes sur la température pendant la dernière vague de chaleur, s'il est possible d'aérer la nuit, si on dort bien dans les chambres », détaille Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt.
Cette préoccupation commence à avoir des conséquences sur certains biens, devenus moins attractifs. Christian Tokoto, agent immobilier chez Guy Hoquet Paris 5 Maubert, a en vente « un appartement magnifique, avec de grandes vitres » dans le Ve arrondissement. Malgré « beaucoup de visites, les clients nous disent “trop chaud”, parce qu'il n'est pas traversant. Et donc, pour l'instant, il est toujours sur le marché ! »
La climatisation, un « énorme point fort »
Quant à la climatisation, « ce n'est plus du tout un tabou » selon Yann Jéhanno. Lorsqu'elle est déjà installée, c'est même un « énorme point fort pour beaucoup d'acheteurs », surtout en appartement car c'est synonyme de tracas en moins avec la copropriété, affirme Laetitia Caron, directrice générale de PAP (Particulier à particulier). Elle rapporte que les propriétaires qui souhaitent vendre un bien ont d'ailleurs bien pris le pli et mettent davantage en avant dans leurs annonces des caractéristiques liées au confort d'été, comme la climatisation ou la présence de volets.
Pas encore d'exode, mais un changement des mœurs
L'impact des récentes canicules sur les choix géographiques est plus difficile à lire. « On n'assiste pas encore à un exode », nuance Sophie Bourg, mais si les Français choisissaient auparavant « un territoire pour son attractivité, pour les opportunités auxquelles il nous permettait d'accéder », désormais ils choisissent aussi « en fonction du confort climatique, ce qui est très nouveau ».
Reste à savoir si ces tendances sont pérennes ou si l'automne effacera ces préoccupations, qui se révéleraient saisonnières. Yann Jéhanno croit à un changement des mœurs. Il y a « clairement un impact du dérèglement climatique sur l'immobilier » avec différents enjeux comme les canicules, les feux de forêt, le retrait-gonflement des argiles, estime-t-il, ce qui accroît « la difficulté à se projeter sur les 10 à 20 années d'un prêt immobilier ».



