Le canal de Valence, ouvrage d'irrigation reliant Villemagne à Hérépian, fut déclaré d'utilité publique par un décret de Louis-Napoléon en mai 1852, accordant un droit d'arrosage pour 75 hectares. Achevé en 1858, ce chantier impérial incarne la modernisation agricole du XIXe siècle dans l'Hérault.
Un projet né d'un contexte de mutation économique
À la mi-XIXe siècle, Hérépian est en pleine mutation. L'arrivée du chemin de fer de Graissessac à Béziers menace le commerce de transit traditionnel. La modernisation de l'agriculture locale devient alors une priorité vitale. C'est dans ce contexte de transformation économique que germe le projet du canal d'irrigation de Villemagne à Hérépian, aujourd'hui connu sous le nom de canal de Valence.
L'aventure débute en 1846 sous l'impulsion du docteur François Lagarde. Ce médecin, soucieux de fertiliser les terres maraîchères de la vallée, sollicite l'autorisation de dériver les eaux de la Mare grâce à un barrage volant. Après de multiples procédures administratives et des enquêtes publiques serrées, le décret signé par Louis-Napoléon en mai 1852 déclare l'ouvrage d'utilité publique. Ce texte fondateur accorde un droit d'arrosage pour 75 hectares, réglementé au litre près par les ingénieurs des Ponts et Chaussées.
Le docteur Lagarde cède la main à François Chaussade
Face aux contraintes financières et aux exigences drastiques de l'administration impériale, le docteur Lagarde fatigue et peine à respecter les délais impartis. En 1857, l'entrepreneur de travaux publics François Chaussade, fort de son expérience sur les chantiers ferroviaires, reprend le flambeau en association avec le sieur Arnoll. Rachetant le privilège de concession, Chaussade injecte des fonds importants pour mener à bien le chantier.
Malgré le refus de quelques propriétaires réticents et des querelles d'usage, le canal est achevé en 1858. Long de plusieurs kilomètres, l'ouvrage permet d'arroser les cultures – réputées pour la célèbre courge locale, la "tuque" –, mais aussi de projeter l'alimentation des fontaines publiques du village, d'ériger à l'extrémité du canal un moulin à blé et une usine à plâtre.
Un héritage de l'ingénierie rurale du XIXe siècle
Œuvre de ténacité humaine et de concertation administrative, ce canal incarne le triomphe de l'ingénierie rurale du XIXe siècle. Selon Guy Pougalan, auteur du condensé des travaux publié dans Hérépian Patrimoine et Musée Campanaire, cet ouvrage témoigne de la détermination des acteurs locaux face aux défis économiques et administratifs de leur époque.
Le canal de Valence demeure un exemple de la manière dont les infrastructures hydrauliques ont contribué à la transformation agricole et industrielle des campagnes françaises, marquant durablement le paysage de la vallée de la Mare.



