Le 12 août 2026, l'orque Toñi, doyenne de la population ibérique, a été aperçue blessée par balle dans le détroit de Gibraltar. L'association We Whale a observé une dizaine d'impacts de balles sur son aileron, provoquant l'indignation et des appels à la protection de ces cétacés, alors que les interactions avec les bateaux se multiplient depuis 2020.
Une attaque délibérée sur un animal protégé
We Whale, qui a photographié Toñi il y a quelques semaines sans ces blessures, s'inquiète de son état de santé. "La nageoire dorsale est très vascularisée et importante pour la thermorégulation. Ces blessures peuvent causer des lésions tissulaires, des inflammations et des infections. Compte tenu de l'âge de Toñi, la situation est particulièrement délicate", détaille l'association dans un communiqué. Elle condamne fermement l'acte : "Quelles que soient les opinions sur les interactions orques-bateaux, tirer sur ces animaux ne peut jamais être une réponse acceptable !"
Ces orques sont légalement protégées et "ont besoin de protection, pas de représailles", ajoute We Whale. Toñi, surnommée La Abuela (grand-mère), est la doyenne de la population ibérique, ce qui rend sa situation encore plus préoccupante.
Pourquoi les orques sont-elles ciblées ?
Les plaisanciers s'en prennent aux orques car ces cétacés effraient marins et vacanciers, explique Pierre Robert de Latour, président d'Orques Sans Frontières. Depuis 2020, les orques attaquent régulièrement les bateaux dans le secteur, ciblant spécifiquement le safran. "Quand les orques croisent des voiliers ou des voiliers à moteur, ils s'en prennent systématiquement à une pièce spécifique, le safran", précise-t-il. Entre 700 et 800 incidents ont été recensés, et moins d'une dizaine de bateaux ont été coulés, mais jamais les cétacés ne se sont attaqués aux humains.
Pierre Robert de Latour, qui a passé vingt ans à plonger en apnée avec des orques, raconte avoir parlé à un couple de Français attaqué au large du Portugal : "C'était brutal, les orques étaient venues taper très fort dans la coque, à presque soulever le bateau. Les passagers l'avaient très mal vécu, ils étaient traumatisés, ils en voulaient beaucoup aux orques." Il ne cautionne pas les représailles : "Ce sont des animaux qu'il faut protéger. Mais quand ils arrivent à ce niveau de peur et de colère, les gens sont capables de tout."
Comprendre le comportement des orques
Pour expliquer ces attaques, Pierre Robert de Latour avance une théorie partagée par d'autres observateurs : "Les jeunes orques apprennent la vie par le jeu, comme tous les jeunes mammifères. Ces jeux sont en permanence régulés par les adultes. La notion de ce qui est enseigné par l'adulte est sacrée chez les orques." Il ajoute que "à un moment, ça n'a pas été régulé. Les jeunes orques ne savaient pas qu'il ne fallait pas attaquer les bateaux, et cette nouvelle habitude a été transmise". Cette hypothèse expliquerait pourquoi il n'y a jamais eu d'attaque d'orques sur les hommes.
Prévention et information pour éviter les incidents
Pierre Robert de Latour insiste sur la prévention : "On peut imaginer une météo des orques, un bulletin qui dit s'il y en a dans le secteur. Ou les scientifiques pourraient taguer certains spécimens pour anticiper leurs attaques." Il propose aussi de former les plaisanciers : "Quand ils passent le permis bateau, il faudrait un module de formation sur le comportement à tenir en cas de rencontre avec les mammifères marins." En conclusion, il affirme : "En protégeant les skippers, on protégera les orques."



