À six mois de l'élection présidentielle de 2027, les sondages d'intentions de vote ne sont généralement fiables que dans un cas sur huit, selon Alexandre Dézé, professeur de science politique à l'Université de Montpellier et chercheur au Cepel. Cette fiabilité limitée invite à la prudence face aux enquêtes d'opinion qui fleurissent dans le débat public.
Une fiabilité très relative à six mois du scrutin
« À six mois d'une élection présidentielle, les sondages sont généralement fiables dans un cas sur huit », pose le professeur. « Donc la plupart des sondages qui sont actuellement réalisés ont peu de chances de correspondre aux résultats finaux, nous explique Alexandre Dézé. Pourtant, ils occupent une place centrale dans le débat politique, tout en créant des rapports de force en quelque sorte virtuels. »
Cette faible fiabilité ne s'améliore que modérément à l'approche du vote. « À trois mois, ils sont fiables dans un cas sur trois », alerte le professeur. Plus largement, depuis 1995, toutes consultations électorales confondues, et en prenant les dernières estimations, censées être les plus fiables car les plus proches des scrutins, les prévisions des instituts se sont révélées approximatives ou erronées dans près d'un cas sur deux.
Échantillon, panel et access panel : des méthodes à connaître
Pour bien comprendre les sondages, il faut distinguer plusieurs notions. Un échantillon est « la population 'miniature' que l'on va interroger, à partir d'une enquête statistique, pour connaître les opinions, les souhaits, les attitudes ou les comportements d'une population plus large, appelée également population mère », explique Alexandre Dézé. Un panel consiste à interroger un même échantillon à intervalles réguliers.
Mais ce qui représente aujourd'hui « l'essentiel des échantillons interrogés dans le cadre des enquêtes sondagières », ce sont les access panel, des échantillons constitués sur Internet « soit par les instituts de sondages, soit par des entreprises spécialisées qui travaillent avec les instituts ». Leur nature soulève des questions : « Ils sont constitués de personnes volontaires, autorecrutées, ce qui n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes. Ils sont en général plus politisés que la moyenne et peuvent répondre non pas pour donner leur opinion mais pour cumuler des points permettant d'obtenir des cadeaux », avertit le professeur.
Sondage aléatoire ou par quota : des différences importantes
Deux grandes méthodes existent. Le sondage aléatoire, le moins utilisé, « procède d'un tirage au hasard, dans une population donnée, des individus qui vont constituer l'échantillon. La représentativité est assurée ici par le fait que chaque individu a une chance égale de faire partie de l'échantillon ». Le sondage par quota, plus courant, « consiste à reconstituer une population miniature sur la base de quelques variables sociodémographiques considérées comme structurantes de la population, en général, le sexe, l'âge, la profession et le lieu d'habitation, à partir des données INSEE ».
Cette méthode présente des limites : certaines variables, telles que « le niveau de diplôme, qui est pourtant une variable décisive dans les comportements politiques », peuvent être omises.
L'influence des sondages sur les électeurs, difficile à mesurer
Les sondages « produisent un effet de qualification ou de disqualification des candidats, en engendrant parfois des phénomènes de bulles sondagières, comme ce fut le cas pour Eric Zemmour en 2022, donné jusqu'à 19 % d'intentions de vote et qui a fini avec 7 % des votes », rappelle Alexandre Dézé. Cependant, « il est méthodologiquement impossible d'isoler l'effet propre des sondages sur les comportements politiques », nuance-t-il.
Des effets comme le « bandwagon » (soutenir le gagnant pressenti, comme en 2017 avec Emmanuel Macron) ou l'« underdog » (soutenir le perdant pressenti, comme en 1995 avec Jacques Chirac) sont souvent évoqués, mais « ces constats sont toujours formulés a posteriori, et on n'est jamais parvenu à les quantifier sur le moment ». Le professeur souligne que les sondages, qui représentent des commandes pour plusieurs millions d'euros de la part de certaines institutions, sont devenus centraux dans la vie politique, mais leur fiabilité reste discutable.