Le chanteur grec Giorgos Mazonakis, âgé de 54 ans, est mort le 9 septembre dernier après avoir été victime d'un arrêt cardiaque dans une clinique privée d'Athènes, où il devait subir une plasmaphérèse – un « nettoyage » du sang – à visée anti-âge. Alors que les circonstances de son décès font l'objet d'une enquête, cette affaire met en lumière l'essor de cette pratique risquée.
Un business florissant autour du plasma
Sur les réseaux sociaux, nombre d'influenceurs et de stars posent en effet, tout sourire, à côté de leur poche de plasma orangée. Dans de nombreuses cliniques privées à travers le monde, notamment en Suisse ou aux États-Unis, moyennant 3 000 à 6 000 euros, des businessmans promettent de retrouver votre jeunesse en nettoyant votre plasma. Mais qu'en est-il vraiment ?
Une purification sanguine aux origines thérapeutiques
La plasmaphérèse à visée anti-âge détourne la plasmaphérèse, un procédé thérapeutique très encadré en France et réservé à certaines pathologies, comme le syndrome de Guillain-Barré. « Cette technique de purification sanguine consiste à éliminer des produits toxiques », explique Olivier Moranne, professeur de néphrologie à l'Université de Montpellier Nîmes et chef de service au CHU de Nîmes. « Soit on retire tout le plasma et on le remplace par un soluté d'albumine (la protéine la plus abondante du plasma), soit on enlève certains toxiques du plasma. »
Pour rappel, le plasma est la partie liquide du sang qui véhicule des éléments vitaux nécessaires au fonctionnement de l'organisme, comme l'albumine ou les anticorps, mais qui transporte aussi les déchets métaboliques.
« Nettoyer les déchets » : une idée séduisante mais contestée
Face à l'explosion de la demande de techniques de rajeunissement, un business s'est donc créé autour de ce fameux plasma. « Lorsque l'on vieillit, on commence à avoir une inflammation de bas grade », avance Catherine de Goursac, médecin esthétique diplômée et membre du conseil d'administration de l'Association Française de Médecine Esthétique (AFME). En d'autres termes : à mesure que l'on prend de l'âge, une réaction inflammatoire silencieuse et chronique augmente progressivement. « Ce qui génère cette inflammation se trouve notamment dans notre plasma, poursuit la médecin. L'idée de nettoyer ces déchets est intéressante, mais elle n'est pas bonne en pratique. »
Les données scientifiques sur la plasmaphérèse à visée anti-âge sont très limitées et exploratoires. Dans une étude effectuée à Berkeley (GeroScience, 2022), huit personnes ont subi plusieurs échanges de plasma contre une solution saline et de l'albumine. Les chercheurs ont alors observé une diminution de certaines protéines associées au vieillissement. Une autre étude américaine réalisée par le Buck Institute (Aging Cell, 2025) a analysé 42 personnes réparties en plusieurs groupes. Dans certains, le plasma a été échangé contre de l'albumine. Dans d'autres, les scientifiques ont réinjecté des immunoglobulines, des protéines permettant de se défendre contre les infections. Dans ce dernier groupe, la baisse du nombre de protéines liées à l'âge était davantage marquée.
Aucune preuve scientifique, des risques réels
Non seulement le nombre de participants est bien trop faible pour que ces études aient une quelconque valeur scientifique, mais le constat est aussi à revoir. « La diminution des marqueurs biologiques de l'âge dans le sang ne se traduit pas par un rajeunissement, tempère Vincent Hunsinger, chirurgien plasticien et esthétique à Paris. Ces résultats ne démontrent en aucun cas que les personnes vivront plus longtemps, ni qu'elles le feront en bonne santé. »
Une étude clinique publiée en 2025 dans la revue Scientific Reports et réalisée en République tchèque sur 34 adultes donne même des résultats opposés. Après un « nettoyage » sans albumine, aucun rajeunissement n'a été constaté au niveau cellulaire. La manipulation pourrait même accélérer certains marqueurs du vieillissement biologique.
Ce nettoyage présente en effet des risques. « En retirant les toxines, on enlève également les bonnes choses, comme les facteurs de croissance tels que les interleukines anti-inflammatoires », souligne la docteure de Goursac. Dans certaines plasmaphérèses à visée anti-âge, des protéines comme des albumines sont ajoutées. « Cela peut donner lieu à des allergies, voire des chocs anaphylactiques », précise la médecin. Le risque de faire une infection au niveau veineux, voire une septicémie, est également possible.
« On n'est pas là pour faire des expériences »
Dans des congrès, la médecin esthétique Catherine de Goursac entend beaucoup parler de plasmaphérèse à visée anti-âge « à titre expérimental ». « Je suis féru d'évolutions technologiques mais tout procédé médical doit avoir un bénéfice prouvé, rappelle le chirurgien plasticien et esthétique Vincent Hunsinger. On n'est pas là pour faire des expériences sur des patients. » Plus laconique, le professeur Olivier Moranne résume : « C'est une activité que les stars adorent faire, qui coûte cher, ne sert à rien et est dangereuse. »