Mouvements lycéens : l'analyse historique de Jean-Yves Mérindol
Mouvements lycéens : l'analyse de Jean-Yves Mérindol

Jean-Yves Mérindol, ancien président d'université à Strasbourg et à Normale Sup, conseiller de François Hollande à l'Élysée pour l'enseignement supérieur et la recherche, décrypte l'impact des mouvements étudiants sur les décisions politiques. Selon lui, les premiers mouvements étudiants et lycéens importants en France remontent au milieu du XIXe siècle, alors qu'il n'y avait que quelques milliers d'étudiants, contre des millions aujourd'hui.

Des révoltes lycéennes dès 1882

Dès la Restauration et le Second Empire, des mouvements assez durs ont eu lieu pour réclamer plus de liberté d'action. Mais c'est le mouvement lycéen qui s'est structuré en premier, dès la fin du XIXe siècle, car les lycéens étaient les plus nombreux à l'époque. Des révoltes de lycéens ont éclaté à cause des dures conditions de vie et de discipline, notamment à Toulouse et Montpellier en avril 1882.

L'Union nationale étudiante, ancêtre de l'Unef, a été créée en 1907. Le soutien étatique aux associations étudiantes était d'autant plus remarquable que la loi Waldeck-Rousseau de 1884 ne donnait pas droit aux fonctionnaires de se regrouper pour défendre leurs intérêts, et il a fallu attendre les années 1920 pour que s'installe le syndicalisme enseignant.

Les grandes victoires des mouvements de jeunes

À son arrivée au pouvoir, le Front Populaire a mis en place le développement des œuvres sociales étudiantes, résidences et restaurants universitaires, l'ancêtre du Crous. C'était une des premières réussites nationales pour les étudiants. En 1946, ils ont obtenu aussi la sécurité sociale étudiante.

Mai 68 a été exceptionnel. Même si le mouvement étudiant a été déclencheur, le mouvement social les avait débordés par son ampleur. L'organisation universitaire, qui n'avait pratiquement pas changé depuis 1896, s'en est trouvée bouleversée : représentation des étudiants à tous les conseils, des présidents d'université élus et non plus nommés, une place plus importante pour le contrôle continu.

Il y a eu quelques échecs de manifestations dans les années 70, puis en 1986 un vaste mouvement contre le projet de loi Devaquet, qui envisageait notamment de faire une sélection et d'augmenter les droits d'inscription. Mouvement rejoint par les lycéens et qui s'était terminé par le retrait du projet. Le début d'une série de victoires jusqu'en 2006, notamment pour le CIP et le CPE.

Parcoursup et la sélection déguisée

Beaucoup de revendications autour des moyens, du bâti scolaire, reviennent en boucle dans l'histoire. Selon Jean-Yves Mérindol, le fait de confier la gestion des lycées aux Régions dans les années 80 a permis la construction de nouveaux bâtiments de meilleure qualité, sauf sur le côté thermique.

Parcoursup est une nouvelle revendication liée à cette sélection déguisée. Ce qui est nouveau aussi chez les lycéens, c'est le fait de déplorer qu'ils ont trop d'heures et des journées mal construites. Tout cela est lié à une désorganisation provoquée par la réforme Blanquer au début du mandat de Macron avec le développement des spécialités. « Nous sommes les champions d'Europe en la matière », souligne-t-il.

Les syndicats lycéens ne demandent pas l'abolition totale de Parcoursup, plutôt le maintien d'une plateforme qui fonctionnerait différemment. Objectivement, nous manquons de places dans l'Enseignement supérieur. Les universités n'ont pas les moyens d'augmenter leurs capacités d'accueil. Des filières comme le droit ou la psychologie sont en grandes difficultés depuis longtemps. « On nous avait vendu à la mise en place de Parcoursup une fluidification du système qui ne s'est pas produite », déplore-t-il. « On nous avait aussi fait croire que la réussite des étudiants allait augmenter mais les taux depuis 2018 ne se sont pas améliorés. Troisième élément, l'algorithme manque de transparence car il a des petits cousins dans les établissements pour examiner les candidatures sans que l'on connaisse vraiment les critères. »

À peine la moitié des étudiants parviennent à valider leur passage en 2e année. En 1957, il n'y avait que 50 000 bacheliers en France et le taux de réussite en fin de première année d'études était de 30 %. Le problème ne vient donc pas du niveau du bac. La première année universitaire est un passage, les lycéens changent de monde, de façon d'apprendre. « On les assomme de cours au lycée depuis la réforme Blanquer et quand ils arrivent dans l'Enseignement supérieur, on leur dit "réfléchissez par vous-mêmes". Beaucoup échouent et se réorientent. Soit on accepte ça, soit on décide de créer d'autres types d'enseignements supérieurs qui proposent d'autres types de pédagogies. »

Quel avenir pour le mouvement lycéen ?

Jean-Yves Mérindol ne se risque pas à un pronostic. Il identifie bien les thèmes qui mobilisent les lycéens, mais a beaucoup plus de mal à voir ceux qui mobilisent les étudiants. Depuis plus de dix ans, il n'y a pas eu de plan pour améliorer leur situation sociale, l'accès au logement a régressé. « À part les repas à un euro, mesure démagogique qui a provoqué un engorgement des restaurants universitaires, rien n'a été proposé. Si en plus il est envisagé une hausse des droits d'inscription, je pense que quelque chose risque d'exploser », conclut-il. Cette analyse est publiée dans son ouvrage « Histoire politique de l'enseignement supérieur. Facultés, instituts, écoles et universités, 1780-2020 », aux Éditions de la Maison des sciences de l'homme.