Le Centre régional d’art contemporain (Crac) Occitanie de Sète présente depuis ce week-end deux nouvelles expositions. « Maison-Main », visible jusqu’au 21 février, réunit une trentaine d’artistes autour des liens entre arts plastiques et artisanat. La seconde, « For Kheira », est consacrée à l’artiste Nesrine Salem, lauréate du prix Occitanie Médicis.
« Maison-Main » : décloisonner les pratiques artistiques et artisanales
Commissariée par Anne-Laure Lestage, fondatrice du studio A Mano, et Christian Rizzo, chorégraphe, « Maison-Main » propose une lecture « sensible » des liens entre arts plastiques, arts domestiques et arts décoratifs. Le projet est le fruit de leur dialogue artistique et la suite de l’acte I de ce qu’ils ont baptisé l’« assemblée des gestes », imaginée après une performance au Centre national de la danse de Pantin.
L’exposition collective réunit une trentaine d’artistes, historiques, émergents ou basés à l’international, dans l’idée de « décloisonner les pratiques de l’art contemporain et celles qui sont artisanales » et de « dé hiérarchiser les savoirs », selon les expressions d’Anne Lestage. Dans leur « Maison cœur », le duo a tissé un parcours et « mis en partage » des œuvres nées « d’intuition du geste », parfois spécialement créées pour l’occasion.
La visite commence par la délicatesse, avec le tressage de fils de blé dans la tradition ornementale provençale d’Emma Bruschi, ou les moulages en verre de mains en creux, avant d’aborder des gestes plus monumentaux. On y croise notamment les arbres de draps peints aux couleurs naturelles du duo basé dans l’Aveyron île/mer/froid, le « Bi-logis » en plâtre de Daniel Firman, moulé à partir des mouvements de corps, ou encore le geste de « réparation » de Maria Laet, filmée en train de coudre la terre. Le duo Xolo Cuintle (Romy Texier et Valentin Vie Binet) a imaginé des ornements floraux aux allures de fontaines médiévales.
La main comme « lieu de la pensée »
Le « Paysage amoureux » de Jean-Michel Othoniel, hommage à Félix Gonzalez-Torres, artiste cubain figure du minimalisme décédé en 1996 du Sida, est également présent. « On a presque dû retisser l’œuvre en l’installant », raconte Christian Rizzo, pour reformer « les colliers cicatrices » en verre soufflé, formant une sorte de talisman construit comme un « réseau sanguin ».
La main précieuse comme le « lieu de la pensée », dit Christian Rizzo, est au cœur de cette exposition chorale. Avec « Possible tools », de Célia Picard et Hannes Screckensberger, le duo a façonné des outils « prospectifs », « des objets magiques », lors de sa formation en coutellerie. « C’est lors d’apprentissages que les formes naissent », résume Christian Rizzo, évoquant le point de départ de l’artisanat et de l’art.
« For Kheira » : le deuil de Nesrine Salem
Pour sa double exposition, le Crac a choisi de mettre en valeur l’artiste de 31 ans Nesrine Salem. « For Kheira », présentée au dernier étage, conduit le visiteur dans les méandres de la douleur familiale à l’occasion du deuil de sa grand-mère, Kheira, en Algérie. La lauréate du prix Occitanie Médicis propose un voyage dans sa nécropole personnelle, brisée sous le sceau de la période coloniale.
« Je n’ai pas d’arbre généalogique à remonter, pas de dossiers médicaux à consulter », répète-t-elle dans le film poétique construit pendant sa résidence à la Villa Médicis, à Rome, où elle a d’abord parcouru les nécropoles pour comprendre les rites funéraires. Puis elle est partie, camescope au poing, sur les traces du seul aïeul connu de sa famille, un saint vivant au XVIIe siècle : Sidi Salah Boukabrine, comme l’a fait sa propre mère 20 ans plus tôt. Cette quête des origines, d’une mémoire et des liens entre les générations est aussi traduite en poèmes gravés au feu sur des coupes de bois d’olivier.
Les deux expositions sont à voir jusqu’au 21 février au Crac Occitanie de Sète.