Karim Bellahcene, directeur de la plus grande association sociale, sportive et culturelle de Montpellier, le 3MTKD, revient sur la transformation de son petit club de taekwondo en véritable institution. En juillet 2026, l'association a inauguré un nouveau local au centre commercial Saint-Paul, dans le quartier prioritaire de La Mosson, pour y installer une section e-sport, un espace numérique, une médiatrice sociale et une très grosse imprimante. "Tu sais combien ça coûte d'imprimer un document ? 1,80 € la feuille ! Si je peux permettre à une maman de La Paillade d'imprimer son dossier gratuitement tout en lui filant un coup de main dans ses démarches administratives, j'ai fait mon job", explique-t-il.
Du Val-de-Croze à la Mosson : une expansion fulgurante
Fondé le 25 mai 2000 sous le nom de Montpellier Méditerranée Métropole Taekwondo, le club comptait initialement 65 enfants. Deux semaines après le lancement, le père de Karim, Jean-Claude Bellahcene, décède d'une crise cardiaque. "J'ai voulu tout arrêter mais pour ma maman, il fallait continuer. Alors on a continué sans aucune prétention. Juste deux créneaux par semaine", se souvient Karim. En deux ans, le club passe à 200 licenciés, puis en 2004 remporte son premier titre de champion de France. Aujourd'hui, l'association cumule plus de 300 titres et alimente les équipes de France.
Une PME sociale de 2,6 millions d'euros
Avec un budget annuel de 2,6 millions d'euros et 30 salariés permanents, le 3MTKD gère des clubs sportifs, un centre de loisirs, de l'aide aux devoirs, un soutien socioprofessionnel, l'accompagnement de sportifs de haut niveau, et même la base de loisirs Poséidon à La Grande-Motte pour le compte de la Caf. "Disons que mon problème, c'est que j'ai une idée à la minute et une équipe qui me suit dans mes délires", glisse Karim Bellahcene. Malgré cette croissance, il assure que "l'ADN de départ n'a pas changé".
Les frustrations d'enfant comme moteur
Karim Bellahcene, ancien animateur en Maison pour Tous et éducateur sportif, n'a pas eu le bac et dit n'avoir lu que deux livres. Pourtant, il devient conseiller ministériel auprès de Roxana Maracineanu en 2020. "J'ai mis dans le 3MTKD toutes mes frustrations d'enfant. Les souvenirs de ce qui m'a manqué, de ce qui ne fonctionnait pas bien, du manque de mélange entre les gamins des quartiers populaires et ceux qui habitaient les villas autour", confie-t-il. "Le 3MTKD, c'est casser ces frontières par le sport. Mais quand je vois le potentiel des jeunes de ces quartiers que l'on appelle sensibles, je me dis que l'on est sauvé. Il faut juste les accompagner un peu sur le bon chemin."



