Mercredi 13 mai, le parking du port de la Cayenne à Marennes a pris des allures de base de sauvetage, au bord de l’estuaire de la Seudre. Les élèves en formation au Centre de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) du Lycée de la mer de Bourcefranc-le-Chapus ont eu l’opportunité d’échanger avec l’équipage de l’hélicoptère de sauvetage en mer Guépard Yankee de la Marine nationale. L’atterrissage, le vrombissement et le souffle impressionnant de l’engin n’ont laissé personne indifférent, surtout pas ces élèves adultes en reconversion qui préparent leur certificat matelot pont.
Ces élèves, âgés de 19 à 40 ans, viennent d’horizons divers. Gaël, Vendéen, a déjà navigué sur de vieux gréements comme le « Shtandart », tandis que Victor, étudiant en biologie, souhaite participer à des expéditions scientifiques. « Je pensais qu’on allait être hélitreuillé aujourd’hui, je n’en menais pas large », confie ce Breton de 21 ans.
Présentation de l’équipage aguerri
Le pilote et lieutenant de vaisseau Jérôme a présenté son équipage, affecté à la base de La Rochelle. Il y a Alex, le plongeur toujours hélitreuillé en premier pour porter secours, Vincent le copilote et Bertrand, dit Chuck, un treuilliste agile et râblé. Face aux futurs matelots, les langues se délient autour de la centaine de sauvetages réalisés chaque année par cet hélicoptère militaire.
Un constat amer sur la sécurité des pêcheurs
Si les marins professionnels paient un lourd tribut à la mer, les sauveteurs pointent du doigt un manque criant de culture de la sécurité. « Le problème avec les pêcheurs, c’est souvent l’équipement », déplore le lieutenant, constatant amer que « quand on cherche ceux qui tombent à l’eau, ils n’ont pas de gilet de sauvetage ». « Je sais que beaucoup sont gênés dans leur travail par ça, mais c’est vraiment ce qui va faire la différence et permettre qu’on vous retrouve une fois dans l’eau », insistent le pilote et le treuilliste.
Le plongeur Alex a présenté chaque équipement permettant de hisser à bord de l’hélicoptère les victimes en mer. La saison estivale apporte davantage de situations dangereuses, impliquant souvent « des plaisanciers manquant d’expérience et qui font un peu n’importe quoi ». L’équipage raconte ces opérations où des plaisanciers, échoués sur des cailloux faute d’avoir anticipé la marée, finissent hélitreuillés, abandonnant leur bateau derrière eux. En cas d’intervention médicalisée, une civière peut être treuillée depuis l’hélicoptère.
Les limites de la machine et les conditions météo
Malgré la puissance de l’appareil, toute machine a ses limites, imposées par la météo. Les restrictions majeures sont la grêle qui « peut vraiment abîmer les pales », le givre, le brouillard et surtout le vent. « Il nous perturbe lors de la mise en route, ça devient compliqué au-delà de 100 km/h », précisent les pilotes.
L’enjeu vital de la visibilité
Surtout, les quatre membres de l’équipage ont lourdement insisté auprès des futurs matelots sur la nécessité de s’équiper de dispositifs lumineux. Chercher un naufragé de nuit relève souvent de la gageure. « Une tête toute seule dans l’eau, une tête qui dépasse sur une mer noire avec un ciel noir, on ne voit rien », avertit sèchement un sauveteur. « Souvent un sauvetage va se prolonger et après le coucher du soleil, c’est toujours un petit miracle si on vous repère alors. Le faisceau du phare éclaire seulement sur un mètre de diamètre », d’où l’importance vitale de l’équipement individuel. S’équiper d’une simple lampe, de bandes réfléchissantes ou de bâtons lumineux permet d’être sauvé. « Une personne qui se grille une cigarette dans la nuit, on la distingue à cinq kilomètres, nous en l’air », précise Chuck sans plaisanter. Enfin, ils ont rappelé l’importance de se munir d’une radio VHF ou d’une balise de détresse personnelle.
Le déroulement d’un hélitreuillage démystifié
L’équipage a également expliqué le déroulement d’un hélitreuillage, un ballet millimétré. Lors de l’approche finale, le pilote entre dans une « zone d’ombre ». « Je suis à peu près deux mètres devant, donc je ne vois pas ce qui se passe en dessous », explique Jérôme. La réussite de l’opération repose alors entièrement sur le treuilliste. « Il parle en permanence » pour guider l’appareil au centimètre près. La plus grosse difficulté vient des mâts des voiliers qui passent parfois très près de l’aéronef ou autour duquel peut s’emmêler le treuil.
Avant une démonstration en mer, de nombreuses recommandations pratiques pour les futurs marins ont été données, notamment la procédure à suivre s’ils doivent un jour percuter un radeau de survie. Enfin, il vaut mieux conserver une fusée de détresse et ne pas tout envoyer dès l’avarie avérée. « La première va alerter et déclencher les secours, la dernière nous permettra de vous repérer plus vite une fois sur zone », assure l’équipage.



