À Saorge, Georges Rousse illumine le monastère avec l'aide de lycéens
Saorge : Georges Rousse et des lycéens créent une œuvre lumineuse

Au Monastère de Saorge, l'artiste Georges Rousse et des élèves d'un lycée niçois ont fait entrer la lumière dans les lavoirs. Reconnu à l'international, Georges Rousse a créé l'œuvre « Lux Aurea » pour honorer les 800 ans de la mort de François d'Assise dans l'ancien couvent. Pour ce faire, il a été aidé par six élèves du lycée Apollinaire.

Un projet né d'un partenariat

Le point commun entre saint François, Guillaume Apollinaire et Georges Rousse ? Depuis quelques jours, une réponse existe à cette énigme : le monastère de Saorge. Un ancien couvent des Franciscains, dans les faits. À l'occasion des 800 ans de la mort de François d'Assise, un projet d'ampleur y a vu le jour, au cœur des lavoirs souterrains. Une œuvre réalisée par l'artiste plasticien et photographe Georges Rousse, avec l'aide d'élèves du lycée Apollinaire (Nice) – dans le cadre d'un partenariat entre le Centre des monuments nationaux et l'Éducation nationale. Les premiers visiteurs ont pu la découvrir jeudi lors du vernissage de l'exposition « Lux Aurea, épiphanie franciscaine ». Et s'émerveiller devant ce cercle conçu avec des feuilles de cuivre doré appliquées sur les murs, sols et voûtes de la pièce. Comprenant rapidement que pour le voir parfaitement rond – 3D oblige – il faut se placer à un endroit précis et laisser le jeu d'optique opérer.

Un lieu délaissé transformé

« Ce couvent vivait selon la règle de saint François. L'an dernier, nous avons donc cherché comment lui faire honneur dans ce lieu très emblématique. Et le projet est arrivé comme par miracle », entame Antide Viand, l'administrateur du monastère de Saorge. Ajoutant que les lavoirs n'avaient jamais été ouverts au public. « Le lieu était un peu délaissé car il n'est pas du tout dans l'esprit du reste du monument – très minéral, brut. » Mais au fond, ce sont précisément ces caractéristiques qui ont intéressé Georges Rousse. Reconnu à l'international, ce dernier a réalisé des œuvres dans le monde entier. Mais il s'agit de sa deuxième création monumentale dans la Roya. Pour le festival Plein Air, il était déjà intervenu sur la « Maison Sartore », à Breil, vouée à disparaître après les ravages de la tempête Alex.

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La photo comme finalité

« Je suis plus ou moins originaire de la région, alors j'ai pas mal crapahuté dans les montagnes environnantes », glisse-t-il au moment de présenter son œuvre. Rappelant qu'habituellement, il ne travaille pas dans de tels monuments, mais bien dans des lieux abandonnés – qu'il transforme. « L'œuvre originale, finalement, c'est la photographie. Qui est la mémoire du lieu dans son état, et du travail que j'entreprends à l'intérieur. L'anamorphose, elle, n'est qu'un outil », insiste-t-il. Conscient que les « bidouillages » informatiques ont peu à peu remplacé le dessin dans l'espace. Une méthode, autant qu'une vision, que lui continue à promouvoir. En ce sens, l'œuvre que l'on peut voir dans les lavoirs est didactique. « Cela permet de saisir comment fonctionne mon principe de travail. Tout est organisé à partir de l'appareil photo. Je trace dans l'espace un certain nombre de points que je rassemble et qui forment, ici, un cercle », résume-t-il. Précisant que les feuilles d'or symbolisent pour lui la lumière. Lux, en latin. Photos, en grec.

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Un travail collectif

Avant la prise de vue (solitaire) du disque solaire, un véritable travail collectif s'est engagé. Trait d'union entre les différents acteurs du projet, le professeur Jacques Yves Enault aura eu pour mission de choisir six assistants parmi ses élèves de terminale en spécialité arts plastiques. Deux critères ont ainsi présidé à la sélection de Louise, Noémie, Kahina, Loredana, Naïs et Hina : leur niveau en cours, et leur attitude positive. « Il faut savoir qu'elles sont restées là une semaine pendant leurs vacances. Elles dormaient dans les cellules, devaient faire preuve d'autonomie », souligne-t-il. Et si l'établissement organise des résidences d'artistes depuis de longues années, c'est la première fois que des jeunes y ont été accueillies. « C'était une super expérience de les avoir avec nous, elles se sont intégrées à l'équipe. Les élèves ont aidé à la réalisation de l'œuvre mais aussi à la création de contenus : textes, images, vidéo », détaille Estelle Arnould, chargée d'action culturelle, éducative et de communication au monastère.

Une semaine riche et intense

« Nous avons à peine eu le temps de poser nos valises qu'il a fallu se mettre directement au travail, introduit avec humour Kahina. Le premier jour, nous avons préparé les lieux. Le tracé était à moitié fait, assez pour qu'on ait des repères sans laisser de tâches. On a ensuite mis du protège tout. Le deuxième jour, on s'est chargées de mettre de la mixtion à dorer pour faire adhérer les feuilles d'or. Et les jours qui ont suivi, on les a appliquées sur le mur. » Une par une, avec un pinceau, précisera plus tard l'une de ses camarades. « Le fait qu'il y ait une pression nous a permis d'être efficaces et de nous rapprocher, reprend Kahina. Ça n'a pas été de tout repos, mais on a vécu une expérience authentique. » Hina et Naïs retiennent quant à elles le lien qui s'est tissé avec les deux autres artistes en résidence, parmi lesquelles la Brésilienne Ana Duraes. « Elles nous ont soutenues, et les échanges nous ont apporté une réelle ouverture », posent-elles. Sûr que ces souvenirs resteront. Le cercle, conformément à la philosophie de Georges Rousse, disparaîtra quant à lui – entre lente oxydation et détérioration naturelle. Réaffirmant son statut d'œuvre éphémère que seule la photo permet de restituer.