À l'approche de la primaire de la gauche prévue les 9 et 16 octobre, les universités d'été du Parti socialiste à Blois sont le théâtre d'une tension sourde entre les partisans d'Olivier Faure et ceux de Raphaël Glucksmann. En apparence, l'heure est à la concorde, mais les coulisses révèlent une guerre déjà bien engagée.
Une unité affichée en public
Devant la halle aux grains de Blois, Boris Vallaud, soutien de Raphaël Glucksmann, échange avec des journalistes. Il raconte une anecdote : « Un jour, Gérald Darmanin m'a dit que son chat s'appelait Boris. Je lui ai simplement répondu que j'avais un âne… » Puis il s'excuse : « J'ai faim et ça me rend agressif. » Pour autant, il réserve ses flèches aux macronistes et n'a pas un mot désagréable pour l'équipe d'Olivier Faure.
Guillaume Garot, député de la Mayenne et autre soutien de Glucksmann, explique : « Ça ne sera pas pugilesque, car on a tiré des leçons des primaires passées et on sait que lorsqu'on se tape dessus, ensuite nos adversaires s'en servent. » Boris Vallaud complète : « On ne peut pas se payer le luxe de s'engueuler. Ce soir, Raphaël Glucksmann aura droit à un accueil chaleureux y compris de la part d'Olivier Faure qui a demandé à tous les militants que ça se passe bien. Personne n'a envie de ruiner la séquence. »
Des coulisses bien plus tendues
Sous la tente des Jeunes socialistes, majoritairement pro-Faure, l'ambiance est différente. La grande majorité des militants estiment qu'il est urgent de combattre la candidature de Raphaël Glucksmann. Anaïs, Arthur et Simon, qui comptent convaincre leurs proches et leur section de voter pour Olivier Faure, affirment : « S'il est désigné, Marine Tondelier et Fabien Roussel rejoindront Jean-Luc Mélenchon. » Dans la file d'attente d'un food-truck de crêpes bretonnes, Victor accuse Glucksmann d'être un néolibéral.
De l'autre côté, un élu soutenant le patron de Place Publique s'offusque : « Ça, ce sont des arguments de mélenchonistes. En vérité, si Olivier Faure est élu à l'issue de la primaire, les macronistes de gauche rejoindront Édouard Philippe au lieu de venir chez nous or on ne gagnera pas uniquement avec le bloc de gauche. » Une militante venue de Barcelone ajoute : « Moi je vais faire campagne en disant qu'Olivier Faure nous a déçus car il a joué très perso et qu'il est trop proche de LFI. »
Un accueil mesuré pour Glucksmann
En fin de journée, Raphaël Glucksmann arrive devant la halle aux grains, accompagné de Carole Delga, présidente du conseil régional d'Occitanie. Les applaudissements ne sont pas nourris, mais il n'est pas hué. Olivier Faure vient l'accueillir et assure que cette primaire sera « un moment démocratique, un moment puissant », où la gauche pourra « montrer (son) meilleur visage », « sans pugilat ».
Cette main tendue est-elle sincère ? Les analyses divergent. Un militant s'agace : « Faure a interrompu le point presse de Glucksmann, ça ne se fait pas ! » Un autre abonde : « C'est lamentable, c'est une manière de montrer qu'il est le chef. » Raphaël Glucksmann, au milieu des journalistes, embrasse des élus, se promène près des food-trucks, mais évite le village de tentes où se tiennent les débats, conscient du risque d'être mal accueilli. La façade de la concorde montre ainsi ses faiblesses, alors que la primaire approche à grands pas.



