Abdul el-Sayed remporte la primaire démocrate du Michigan
Primaire démocrate Michigan : victoire d'Abdul el-Sayed

Le médecin progressiste Abdul el-Sayed a remporté la primaire démocrate du Michigan, s'imposant de justesse face à la modérée Haley Stevens. Cette victoire confirme la poussée de l'aile gauche du parti démocrate et la fracture qui l'agite, alors que les élections de mi-mandat approchent.

Une victoire symbolique pour l'aile progressiste

Abdul el-Sayed, âgé de 41 ans, a battu Haley Stevens, qui bénéficiait pourtant d'un soutien financier massif de plus de 60 millions de dollars et de l'appui de poids lourds comme le chef de la majorité au Sénat, Chuck Schumer. Cette victoire s'ajoute à celle de Zohran Mamdani à la mairie de New York, illustrant la montée en puissance de l'aile gauche du parti.

« Depuis dix ans et l'arrivée de Donald Trump, même si cela couvait avant, le Parti démocrate se cherche », souligne Olivier Richomme, professeur de civilisation américaine à l'université Lumière Lyon-2. Cette recherche est particulièrement délicate dans un État clé comme le Michigan, un « swing state » qui peut basculer d'un camp à l'autre.

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Le Proche-Orient au cœur de la campagne

Dans le Michigan, qui abrite l'une des plus grandes communautés arabo-américaine et musulmane des États-Unis, la question d'Israël a été centrale. Depuis les attaques du 7 octobre et la riposte israélienne qui a tué plus de 70 000 personnes, selon le ministère de la Santé du Hamas, les démocrates sont divisés sur l'aide militaire à Israël.

Haley Stevens a défendu la ligne traditionnelle du parti, favorable à la continuité de l'aide militaire, tandis qu'Abdul el-Sayed a fait campagne pour l'arrêt immédiat de cette aide. Au moins 16,3 milliards de dollars d'aide militaire directe ont été versés à Tel-Aviv par Washington depuis le 7 octobre 2023.

Des débats qui dépassent la politique étrangère

« En général la politique étrangère américaine est peu mise en avant lors des élections, on se concentre plutôt sur le prix de l'essence. Mais là, le prix de l'essence est touché par la politique étrangère et les États-Unis sont en conflit avec l'Iran », explique Olivier Richomme. Le candidat a également attaqué l'influence de l'AIPAC, le puissant lobby pro-Israël, qui a dépensé des dizaines de millions de dollars pour lui faire barrage.

« Chez les démocrates, il existe un malaise grandissant vis-à-vis d'AIPAC qui arrose les candidats financièrement, ce qui interroge sur le rôle de lobbies extérieurs, voire d'ingérence étrangère », note Olivier Richomme.

La revanche de Sanders

Cette dynamique est le fruit d'un mouvement amorcé depuis 2016 avec Bernie Sanders. « C'est la revanche du mouvement porté par Bernie Sanders depuis 2016. Alors que la rébellion populiste de Donald Trump l'avait emportée chez les Républicains, celle de Sanders avait échoué sous la pression de l'establishment démocrate », analyse Marie-Christine Bonzom, politologue spécialiste des États-Unis. Le mouvement des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), dont fait partie Alexandria Ocasio-Cortez, revendique désormais 120 000 adhérents.

Si les progressistes célèbrent cette victoire, l'establishment démocrate s'inquiète. « Ils se retrouvent avec des candidats beaucoup plus à gauche encore que Sanders. Certaines propositions des DSA sont très impopulaires, comme l'abolition des prisons ou le droit de vote pour les non-citoyens », souligne Marie-Christine Bonzom. Donald Trump s'est d'ailleurs réjoui de la victoire de celui qu'il considère comme « communiste », y voyant une « super nouvelle » pour son camp.

Un défi pour le parti démocrate

Pour de nombreux observateurs, el-Sayed « montre les limites de cette aile », note Olivier Richomme. Le candidat performe mieux dans les milieux jeunes, urbains et éduqués, mais le Michigan est un État divisé. « Si les démocrates ne proposent pas de candidat modéré, il semble impossible qu'ils récupèrent le vote de celles et ceux qui ont soutenu Trump », réagit Laura Hobson Faure, historienne et professeure à l'université Paris-1 Panthéon Sorbonne.

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Si le parti perdait ce siège en novembre face au républicain Mike Rogers, la défaite serait perçue comme la preuve que l'aile gauche ne peut pas gagner en dehors de ses bastions. Les deux courants devront faire campagne ensemble pour espérer convaincre. Cette aile constitue « la seule source d'énergie actuellement pour le parti démocrate, mais aussi son plus grand défi interne. Et il n'est pas sûr que ce défi soit résolu d'ici la prochaine présidentielle », prévient Marie-Christine Bonzom.