Cet été, les rayons des librairies ont vu apparaître des cahiers de vacances pas tout à fait comme les autres. Aux côtés des classiques destinés aux écoliers, deux formations politiques ont lancé les leurs : Renaissance et La France insoumise (LFI). Une initiative qui a de quoi surprendre, mais qui s'inscrit dans une stratégie de communication bien rodée.
Des cahiers de vacances résolument politiques
Le cahier de vacances de Renaissance, incarné par Gabriel Attal, et celui de LFI se présentent comme des objets ludiques : mots croisés, horoscopes, sudokus... Rien de bien différent, en apparence, des cahiers traditionnels. Mais la politique n'est jamais loin. Le cahier insoumis, fort de 75 pages, propose ainsi un test de personnalité pour déterminer si le lecteur est plutôt Robespierre, Louise Michel, ou une autre figure historique. De quoi aiguiser la curiosité des électeurs tout en les amusant.
Ces cahiers ne sont pas de simples gadgets. Ils permettent aux partis de diffuser leurs idées et leurs valeurs de manière détournée, sans avoir l'air de faire de la propagande. Comme le résume Le Nouvel Obs, il s'agit d'« une façon de parler de politique sur un ton léger ». Une formule qui semble avoir séduit les états-majors.
Un marché en pleine expansion
Cette stratégie s'appuie sur un phénomène bien réel : le cahier de vacances est un incontournable de l'été depuis plus de 90 ans. Les parents les achètent pour que leurs enfants ne décrochent pas totalement du programme scolaire, mais aussi pour s'offrir un peu de tranquillité. Le marché est colossal : en 2025, 4,2 millions de cahiers ont été vendus en France.
Surtout, le concept séduit de plus en plus les adultes. L'an dernier, près de 650 000 exemplaires destinés à cette clientèle ont été écoulés. Face à cet engouement, les déclinaisons se multiplient : cahiers spécialisés par région, par thème, par niveau... Les politiques se sont engouffrés dans la brèche, voyant là un moyen de toucher un public large, y compris ceux qui ne lisent pas les tracts traditionnels.
Un outil de communication détourné
Pour les partis, ce format présente plusieurs avantages. D'abord, il permet de rester présent dans les foyers pendant la trêve estivale, une période où l'actualité politique se fait plus discrète. Ensuite, il offre une image plus accessible et plus sympathique aux formations politiques, souvent perçues comme éloignées des préoccupations du quotidien. Enfin, il constitue un support de diffusion idéal pour des messages simples, distillés à travers des jeux et des quiz.
Cette tendance n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, les partis et les personnalités politiques cherchent à surfer sur des supports légers pour faire passer leurs idées. On a vu des jeux de société, des applications mobiles, des podcasts... Le cahier de vacances apparaît comme une déclinaison estivale de cette stratégie. Mais cette fois, l'objectif est double : séduire les parents, qui achètent ces cahiers pour leurs enfants, et les adultes, de plus en plus nombreux à s'en procurer pour leur propre usage.
Quel impact pour 2027 ?
À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, ces initiatives prennent une résonance particulière. Pour LFI, il s'agit de renforcer le lien avec son électorat et d'élargir sa base en touchant un public plus familial. Pour Renaissance, c'est l'occasion de maintenir une présence politique dynamique, alors que le parti cherche à tourner la page après le quinquennat d'Emmanuel Macron.
Reste à savoir si ces cahiers auront un réel impact sur les choix électoraux. Certains y voient un simple outil de notoriété, d'autres un véritable support de campagne. Dans tous les cas, ils témoignent d'une évolution des pratiques politiques, où la légèreté devient un vecteur de dialogue avec les citoyens. Une chose est sûre : l'été 2026 restera marqué par cette originalité éditoriale, qui pourrait bien inspirer d'autres formations politiques d'ici au scrutin.



