Dans une tribune publiée par Le Point, l'historien Patrick Boucheron dresse un constat sévère sur la manière dont la France traite la question de l'antisémitisme. Selon lui, les réponses apportées par les élites politiques et intellectuelles relèvent d'une « défaite de l'intelligence », incapable de penser le phénomène dans sa complexité.
Un diagnostic sans concession
Boucheron, professeur au Collège de France, estime que l'antisémitisme est souvent réduit à des polémiques stériles ou à des instrumentalisations politiques. Il pointe du doigt une tendance à « l'assignation identitaire » qui empêche une véritable réflexion collective. « On préfère accuser l'autre plutôt que de comprendre les mécanismes profonds de la haine », écrit-il, citant des exemples récents de controverses médiatiques.
L'historien rappelle que les actes antisémites ont augmenté de 74 % en France en 2023, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. Cette statistique, pour Boucheron, montre l'échec des politiques publiques et des discours dominants.
Une critique des intellectuels médiatiques
Boucheron s'en prend particulièrement à certains intellectuels médiatiques qui, selon lui, « confondent la défense des Juifs avec la défense d'Israël ». Il dénonce une forme de « concurrence des victimes » qui brouille le message et affaiblit la lutte contre l'antisémitisme. « L'antisémitisme n'est pas une opinion, c'est un crime. Mais pour le combattre, il faut d'abord le nommer correctement », affirme-t-il.
Il appelle à une approche historique et sociologique, loin des « anathèmes » et des « procès en sorcellerie » qui paralysent le débat public. Boucheron propose de réinvestir les lieux de savoir, comme l'université, pour former une génération capable de « résister à la bêtise ambiante ».
Une réaction politique attendue
La tribune de Boucheron a suscité des réactions contrastées. Certains y voient une analyse lucide, d'autres une tentative de relativiser la responsabilité de l'extrême droite. Interrogé par Le Point, le député LFI David Guiraud a estimé que « Boucheron a raison de souligner l'impuissance des élites, mais il oublie de mentionner le rôle de l'islamisme radical ». De son côté, le président du Crif, Yonathan Arfi, a salué « un texte courageux qui remet les pendules à l'heure ».
Pour Boucheron, l'enjeu est clair : « Si la France continue de rater le rendez-vous avec son histoire, l'antisémitisme ne fera que croître. » Une mise en garde qui résonne à l'approche des élections européennes, où les thèmes identitaires sont au cœur des débats.



