Dans une tribune publiée dans l'espace Lignes ouvertes de Midi Libre, le professeur en science politique et militant pour une VIe République, Paul Alliès, estime que l'élection présidentielle de 2027 pourrait marquer la fin du présidentialisme et ouvrir la voie à un retour au parlementarisme. Selon lui, l'éventualité d'une cohabitation est non seulement possible, mais probable.
Le spectre de la présidentielle
Paul Alliès souligne la richesse de la langue française, où le mot "spectre" désigne à la fois une apparition mortifère, une perspective menaçante et l'image analytique de la décomposition d'un phénomène. La "présidentielle" sous-entend à la fois l'élection et la fonction du chef de l'État, le suffrage universel direct et la totalisation des pouvoirs politiques de la République. Depuis 1965, un présidentialisme électoral s'est imposé, faisant des partis des machines à gagner "la mère des batailles" et de la Présidence le pouvoir le plus hégémonique d'Europe.
La révision constitutionnelle du 2 octobre 2000 a amplifié ce phénomène en instaurant le quinquennat et en inversant le calendrier électoral. Les élections législatives devaient ratifier le choix de la présidentielle et produire une majorité parlementaire disciplinée. Le Président pouvait alors gouverner en lieu et place du Premier ministre, devenant "en même temps" ministre de tout et arbitre de plus rien.
Une crise radicale du régime
Le scrutin de 2027 sera celui de la fin de ce cycle, selon Paul Alliès. Il combine plusieurs inconnues et peurs : la fragmentation inflationniste des candidatures (48 déclarées à ce jour, qui devront obtenir 500 parrainages de 42 000 élus), la transformation des partis en entreprises personnelles, l'accès au pouvoir de l'extrême droite (pour la première fois depuis 87 ans) et l'impuissance augmentée de la fonction présidentielle dans un contexte international hautement dangereux.
La prochaine élection présidentielle est donc ce spectre qui pourrait porter des remises en cause de l'État de droit et de la démocratie représentative. Pourtant, dans la campagne telle qu'elle s'est engagée, tout se passe comme si le système traditionnel pouvait reprendre son cours rassurant : le ou la candidate élue retrouverait les ressources d'une majorité pour gouverner sans entrave. La dissolution calamiteuse serait effacée par enchantement. Or, les scrutins de 2022 (présidentielle) et 2024 (législative) ont définitivement fait disparaître ce mécanisme rassurant. Ils sont l'image spectrale dans laquelle apparaît la crise radicale du régime de la Ve République.
Les législatives, scrutin décisif
Paul Alliès estime que la focale devrait se porter sur les élections législatives. En l'état actuel d'une Assemblée nationale impuissantée par une fragmentation inédite, il apparaît impossible d'attendre son renouvellement prévu en 2029. Sa dissolution sera d'autant plus concomitante à l'élection du ou de la Présidente qu'elle demeure un moyen subordonné mais incontournable de gouvernement. Au vu des comportements récents de l'électorat, l'éventualité d'une cohabitation inaugurant le nouveau cycle du quinquennat est donc possible, si ce n'est probable.
Pour éviter cet obstacle, les équipes de certains "candidats républicains" (du second tour, comme il est convenu de dire) sont en train de réfléchir à des procédés tels que des référendums ou des gouvernements par ordonnance. Ce qui serait de nature à aggraver dangereusement le présidentialisme et la paralysie du système. En tout cas, faire l'impasse sur les élections législatives est impossible. Elles deviennent le scrutin décisif dans la distribution du pouvoir.
2027, un nouvel an I ?
Paul Alliès conclut que 2027 n'est pas forcément une date catastrophique. Ce peut être l'An I de la fin du présidentialisme, d'un possible retour au parlementarisme, de l'avènement d'un régime primo-ministériel. Une autre histoire.



