Dans une tribune publiée le 3 août 2026 par Le Monde, Ahmad Massoud, chef de la résistance afghane antitalibane, et Aurélien Pradié, député français, unissent leurs voix pour porter un message à contre-courant : « Les citoyens d’Afghanistan qui arrivent aux frontières de l’Europe fuient la menace, ils ne la portent pas. »
Cette phrase constitue le fil conducteur de leur texte, qui entend dissiper l’équation simpliste entre demande d’asile afghane et péril terroriste. Pour les deux signataires, il y a là une confusion profondément préjudiciable, tant pour les réfugiés que pour l’idée même de l’Europe.
Deux voix, une même conviction
Ahmad Massoud n’est pas un inconnu. Fils du commandant Massoud, héros de la lutte antisoviétique et antitalibane, il a pris la tête du Front national de résistance (FNR) après la chute de Kaboul. Son engagement lui confère une légitimité particulière pour parler de l’Afghanistan et de son peuple. Aurélien Pradié, député du Lot, est une figure de la droite française, souvent en décalage avec la ligne majoritaire de son camp sur les questions migratoires. Leur tribune conjointe crée la surprise et bouscule les clivages politiques habituels.
Les deux hommes ne se contentent pas d’une déclaration de principes. Ils adressent un réquisitoire contre les politiques européennes qui, selon eux, traitent les Afghans comme un groupe suspect plutôt que comme des victimes. Depuis la prise de pouvoir des talibans le 15 août 2021, la situation des droits de l’homme n’a cessé de se dégrader sur place, poussant des milliers de personnes sur les routes de l’exil.
La peur, un mauvais conseiller
Le texte dénonce la logique du soupçon généralisé. En érigeant des murs et en restreignant les voies légales d’asile, les États européens n’ont pas dissuadé les Afghans de tenter leur chance. Ils les ont simplement livrés davantage aux passeurs et aux réseaux criminels. « Fuir la menace, ce n’est pas la porter », insistent les auteurs. Une formule qui résume à elle seule le paradoxe d’une Europe qui se protège de ceux-là mêmes qui ont été les premières cibles du terrorisme.
Massoud et Pradié rappellent que les talibans considèrent les réfugiés comme des « infidèles » ou des « traîtres ». Ceux-ci risquent leur vie pour atteindre les portes de l’Europe. Les traiter en ennemis potentiels revient à faire le jeu de la propagande djihadiste.
Des propositions concrètes
La tribune ne se limite pas à une critique. Elle esquisse des pistes d’action. Les deux signataires plaident pour la mise en place de corridors humanitaires organisés, permettant aux personnes les plus vulnérables d’être accueillies en sécurité, sans avoir recours à des traversées mortelles. Ils demandent également une évaluation individuelle et équitable des demandes d’asile, afin de distinguer les victimes des éventuels criminels.
Ils proposent notamment que l’Europe s’implique davantage dans la protection des minorités ethniques et religieuses d’Afghanistan, ainsi que des femmes et des filles, premières cibles des talibans. Cela implique non seulement l’accueil, mais aussi un soutien aux réseaux de résistance civile à l’intérieur du pays.
Ils appellent aussi à une solidarité européenne plus forte, avec un mécanisme de répartition des réfugiés entre États membres. Selon eux, l’accueil des Afghans n’est pas une menace pour la sécurité européenne, mais une épreuve de cohérence avec ses valeurs.
Un appel à la responsabilité
En publiant cette tribune, Ahmad Massoud et Aurélien Pradié prennent le risque politique de s’opposer aux tendances sécuritaires qui dominent le débat public. Ils assument ce choix au nom d’une conviction simple : l’Europe ne se protégera pas en abandonnant ceux qui incarnent la résistance à la terreur.
Leur message résonne à un moment où la France et plusieurs pays de l’Union européenne discutent de nouveaux durcissements migratoires. Il rappelle que les Afghans qui arrivent à nos frontières portent en eux le souvenir de la persécution, non l’intention de nuire. Le rejeter serait une triple faute morale, juridique et stratégique.
La tribune, publiée dans la section idées du Monde, pourrait avoir un écho au-delà des frontières hexagonales. Elle montre que la question afghane n’est pas close et que la communauté internationale a encore une dette envers un peuple qui a été laissé de côté.



