En mai 2021, plus de 8 000 personnes, dont environ 1 500 mineurs non accompagnés, sont entrées sur le territoire de Ceuta, une enclave espagnole au Maroc, en l'espace de 48 heures. Cet afflux migratoire, provoqué par un relâchement des contrôles marocains en rétorsion à l'accueil en Espagne du leader du Polisario, Brahim Ghali, a plongé la ville dans une situation chaotique et a ouvert une grave crise diplomatique et politique.
Une vague migratoire sans précédent
Entre le 17 et le 18 mai 2021, des familles entières, des femmes enceintes et des enfants ont gagné Ceuta à la nage ou à pied. Selon les autorités espagnoles, environ 8 000 personnes ont été dénombrées, dont 1 500 mineurs. La protection civile a été débordée et l'Espagne a déployé l'armée pour sécuriser la frontière. De son côté, le Maroc a nié toute intention de déstabiliser son voisin, invoquant des conditions météorologiques favorables.
Le gouvernement de Pedro Sánchez a rapidement tenté de reprendre la main en augmentant les expulsions à chaud et en organisant des vols de retour. Mais la gestion de cette crise a laissé des images marquantes : des migrants parqués dans des entrepôts improvisés, des associations se mobilisant pour distribuer de la nourriture et des vêtements.
Des réactions politiques à l'emporte-pièce
La droite espagnole, notamment le Parti populaire et le parti d'extrême droite Vox, a dénoncé une « invasion » et exigé des mesures de fermeté exceptionnelles. En France, plusieurs personnalités politiques de droite et d'extrême droite ont également profité de l'aubaine pour appeler à durcir la politique migratoire européenne. Certains ont même évoqué une « crise de civilisation », détournant ainsi l'attention des véritables enjeux humanitaires.
Dans son éditorial, Libération fustige cette outrance : « La crise de Ceuta mérite mieux que les crises d'hystérie de la droite et de l'extrême droite », écrit le journal. Une phrase qui résume le sentiment de nombreux observateurs, déplorant que la tragédie des migrants soit instrumentalisée à des fins électorales.
Des enfants en première ligne
Parmi les migrants, la situation des mineurs non accompagnés a été particulièrement préoccupante. Selon l'UNICEF, plus de 1 500 enfants ont été recensés à Ceuta. Beaucoup ont été accueillis temporairement dans des structures d'urgence, tandis que les autorités marocaines ont entamé des procédures de rapatriement. Cependant, les associations de défense des droits des enfants ont dénoncé l'absence d'évaluation individuelle des besoins de protection avant ces retours.
Cette crise a également révélé les divisions européennes sur le partage des responsabilités. Seules quelques municipalités espagnoles ont proposé de prendre en charge des mineurs, mais aucune solution commune n'a été trouvée au niveau de l'UE.
Un impératif de dialogue diplomatique
Au-delà de la question sécuritaire, la crise de Ceuta était avant tout le symptôme d'un différend diplomatique profond entre Madrid et Rabat. L'ancienne crise du Sahara occidental et la position espagnole sur ce dossier ont été les motifs de la colère marocaine. La visite du chef du Polisario en Espagne a été perçue comme une provocation, et le contrôle des frontières a servi de levier de pression.
Pour Libération, la sortie de crise passe donc par la reprise du dialogue bilatéral et par une réponse européenne solidaire. Le journal estime qu'il est urgent de définir une politique migratoire commune, fondée sur l'humanité et le respect du droit. Mais ce vœu se heurte encore aux réticences de nombreux États membres.
L'héritage incertain d'une crise
Aujourd'hui encore, la situation à Ceuta reste fragile. Des migrants sont régulièrement refoulés, mais le contentieux avec le Maroc n'est jamais vraiment réglé. L'extrême droite, elle, continue de capitaliser sur ces images pour diffuser un discours anti-immigrés. La leçon de Ceuta, selon le journal, est qu'une réponse sécuritaire isolée ne suffit pas : il faut oser une politique européenne ambitieuse, ni angélique ni xénophobe.



