« Tyrannie du qui » : la tribune d'Ophélie Laboury sur le besoin de projet
« Tyrannie du qui » : la tribune d'Ophélie Laboury

Dans une tribune publiée dans l'espace « Lignes ouvertes » de Midi Libre, Ophélie Laboury, présidente fondatrice héraultaise de la société Myriagone conseil, s'insurge contre ce qu'elle nomme la « tyrannie du qui ». Selon elle, cette recherche obsessionnelle du nom derrière chaque acte « clive, elle divise, elle enferme chacun dans son camp ». Elle appelle à déplacer le regard de la personne vers la finalité, l'ambition et le projet d'avenir.

Une époque obsédée par l'identification des acteurs

La tribune liste une série de questions qui envahissent les médias et les discussions : « Qui a écrit C'était ça ou mourir ? Est-ce Thélyson Orélien ou l'IA ? Qui a acheté ce livre ? Qui a endommagé ou brûlé des lycées, des casseurs ou des lycéens ? Qui a obtenu des places pour Céline Dion ? Qui a participé aux messes du Pape ? Qui sera le futur président de la République ? Qui succédera au président de la CCI ? »

Ophélie Laboury observe que « depuis la rentrée, les semaines défilent et le besoin de mettre un nom derrière chaque acte s'amplifie ». Elle estime que cette quête perpétuelle d'un nom « ne rassemble pas : elle clive, elle divise, elle enferme chacun dans son camp ». Cette attitude « empêche l'échange, le dialogue » et fait « prendre au conflit la place du débat d'idées ».

La métaphore d'Orphée et la perte de confiance

La présidente de Myriagone conseil établit un parallèle avec le mythe d'Orphée. Elle rappelle qu'Orphée avait convenu avec le Dieu des enfers de ne pas se retourner pendant le trajet de retour, en échange de quoi Eurydice pourrait repartir avec lui. « Orphée a tout perdu en cédant à la tentation de la vérification », écrit-elle. Il s'est retourné « pour se rassurer momentanément », assouvissant son besoin de contrôle, mais perdant de vue sa promesse et la finalité de sa démarche.

Ophélie Laboury estime que « le doute qu'a ressenti Orphée, notre société l'éprouve » et que ce doute « trahit la perte de confiance en l'avenir ». Elle cite sa grand-mère : « La confiance se gagne en grammes mais se perd en tonnes ! »

Vers une recherche de sens et de lien collectif

Selon elle, en réduisant l'avenir à un « simple casting d'ego », la société oublie la question fondamentale : « pourquoi faisons-nous société ? ». Elle s'appuie sur des exemples récents : « La ferveur autour du Pape ou l'émotion universelle lors des concerts de Céline Dion le prouvent : nous n'avons pas besoin de nouveaux maîtres à penser, mais de figures capables de porter des valeurs et d'incarner une sincérité brute. »

Elle évoque aussi Albert Camus : « Je me révolte, donc nous sommes ». Elle s'interroge : « Et si les sinistrés du Porge, les lycéens, les dirigeants, les agriculteurs se révoltaient pour tenter de sortir de l'isolement et partager des valeurs ? »

Ophélie Laboury conclut que « la légitimité de demain ne s'obtiendra pas au travers d'un mandat ou d'un masque affiché. Elle appartiendra à celles et ceux qui sauront tisser des liens, dépasser les fractures. Sera légitime celui qui rassemble et construit en incarnant le “pourquoi” contrairement à celui qui clive et isole. » Elle appelle à prendre le temps de réfléchir aux valeurs et aux actions à mener pour les faire vivre sur le long terme.