Meetings politiques : pourquoi dépenser tant malgré les réseaux sociaux
Meetings politiques : pourquoi dépenser tant ?

La facture d'un meeting politique peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros, entre la location de la salle, la sécurité et les prestataires. Pourtant, ce rituel coûteux reste un passage obligé pour les candidats à la présidentielle de 2027, selon Alexandre Eyries, enseignant-chercheur HDR en sciences de l'information et de la communication, rattaché aux universités de Bourgogne-Franche-Comté et Catholique de l'Ouest. Alors que les réseaux sociaux permettent de toucher des millions de personnes pour presque zéro euro, la question du maintien de ces grands rassemblements se pose avec acuité, notamment pour les partis en difficulté financière comme le Rassemblement national.

Un rituel coûteux mais porteur de sens

« La communication politique relève de la dramaturgie et de la mise en scène », rappelle Alexandre Eyries. « On est presque dans la rhétorique antique, sur le forum à Rome ou l'agora à Athènes. On est obligé de s'appuyer sur un décorum. » Le meeting ne se réduit donc pas à une simple ligne budgétaire : il incarne « la rencontre entre un homme ou une femme et un peuple ».

Cet exercice d'exposition directe est jugé indispensable par le chercheur. « Même si ça coûte extrêmement cher, c'est une mise à nu. Le candidat va sur le terrain, teste des éléments de son programme face à un vrai public et accepte une forme de vulnérabilité », souligne-t-il. L'estrade permet de prouver sa stature présidentielle, d'incarner une force politique et de montrer sa capacité à rassembler au-delà des écrans, une image d'autorité qu'un format court sur téléphone ne peut pas produire.

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La « TikTokisation » du discours politique

Les candidats n'ignorent pas la force des réseaux sociaux, qui ont révolutionné la forme du discours politique depuis plus d'une décennie. Le premier atout de la communication digitale reste son coût dérisoire. En publiant directement sur TikTok, Instagram ou X, un candidat contourne les intermédiaires traditionnels, à commencer par les journalistes. « Les réseaux sociaux permettent aux politiques de sous-titrer leurs actions en temps réel, d'informer à moindres frais et d'échapper à la lourdeur des communiqués de presse », explique le spécialiste. « C'est aussi une stratégie de différenciation pour les partis qui ont longtemps joué la carte de la victimisation face aux médias traditionnels, comme LFI ou le RN en affirmant qu'ils étaient mis de côté. »

Autre enjeu stratégique : la captation du vote des jeunes, souvent réfractaires aux querelles politiciennes mais sensibles aux formats courts et incarnés. Les équipes de campagne privilégient désormais « l'instagrammisation » et la « TikTokisation » de la vie politique : des séquences très produites, virales, cherchant à donner une image de « normalité ». Qu'il s'agisse de fêter la victoire du PSG pour Gabriel Attal ou d'un trajet à vélo pour François Ruffin, l'objectif est de montrer un candidat accessible, proche du quotidien des Français.

Des meetings pour convaincre les indécis

Mais les meetings remplissent une fonction clé que les algorithmes ne peuvent pas reproduire : convaincre les indécis. Contrairement à l'idée reçue selon laquelle ces rassemblements ne serviraient qu'à prêcher des convaincus, la réalité des salles est plus nuancée. « Sur l'ensemble du public présent dans un meeting, environ un bon tiers est déjà acquis à la cause. Mais le reste est composé de curieux, d'hésitants et de vagues sympathisants qui viennent chercher de l'information en entendant le candidat s'exprimer pendant une heure et demie ou deux heures », analyse Alexandre Eyries.

La campagne moderne repose ainsi sur un « triptyque indissociable ». Le passage au journal télévisé ou dans les grands médias assure la légitimité institutionnelle. Les réseaux sociaux fournissent le flux d'actualité quotidien et entretiennent le lien direct avec les sympathisants. Quant au meeting, il apporte la preuve par l'image, la ferveur populaire et la démonstration d'aisance oratoire. Dans un pays attaché à la tradition de l'éloquence, savoir capter une foule en direct reste, encore aujourd'hui, un test grandeur nature pour mesurer l'étoffe d'un futur chef d'État, un investissement que les partis, même en difficulté, continuent de juger indispensable.

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