Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement national à l'Assemblée nationale, a engagé depuis plusieurs mois une délicate opération séduction auprès du monde économique. L'objectif : convaincre les patrons de sa capacité à gouverner et à incarner une alternative crédible pour la présidentielle de 2027. Selon plusieurs témoignages recueillis par La Provence, la députée du Pas-de-Calais a multiplié les déjeuners discrets et les rendez-vous avec des dirigeants de grandes entreprises, des fédérations professionnelles et des acteurs de la finance.
Une stratégie de crédibilité économique
Cette offensive intervient alors que la candidate malheureuse du second tour de 2022 cherche à élargir son électorat au-delà de son socle traditionnel. Les rencontres, souvent organisées dans la plus grande discrétion, visent à dissiper les craintes suscitées par son programme économique, notamment sur la sortie de l'Union européenne ou la remise en cause des traités de libre-échange. "Elle veut montrer qu'elle n'est plus la candidate du chaos, mais une femme d'État capable de dialoguer avec les acteurs économiques", confie un conseiller de l'Élysée sous couvert d'anonymat.
Parmi les sujets abordés lors de ces entretiens : la fiscalité, la souveraineté industrielle, la transition énergétique ou encore la formation professionnelle. Marine Le Pen aurait notamment rencontré des représentants du Medef, de la CPME et de l'UIMM, ainsi que des dirigeants de grands groupes du CAC 40. Ces échanges, souvent informels, permettent à la présidente du RN de tester ses arguments et d'affiner son discours.
Un électorat à conquérir
Selon un sondage Ifop réalisé en janvier 2025, 38% des chefs d'entreprise se disent désormais ouverts à l'idée de voter pour Marine Le Pen en 2027, contre 25% en 2022. Une progression notable qui reflète une forme de normalisation du RN dans le paysage politique français. "Les patrons sont pragmatiques : ils regardent les programmes, mais aussi la capacité à gouverner. Marine Le Pen a fait des progrès sur ce terrain", analyse un économiste proche du monde patronal.
La stratégie de la députée du Pas-de-Calais s'appuie également sur des relais locaux. Ses proches, comme le député du Nord Sébastien Chenu ou l'eurodéputé Thierry Mariani, multiplient les visites d'entreprises dans les territoires. L'objectif est de créer un réseau de sympathisants dans les chambres de commerce et les clubs d'entrepreneurs, souvent réticents par le passé à s'afficher avec le RN.
Des critiques persistantes
Cette opération séduction ne fait pas l'unanimité. Les opposants politiques dénoncent une manœuvre électorale visant à masquer un programme économique jugé dangereux pour l'emploi et la compétitivité. "Le RN reste un parti qui a voté contre le plan de relance européen et qui prône des mesures protectionnistes coûteuses pour les entreprises", rappelle un député Renaissance. Les syndicats patronaux, de leur côté, se montrent prudents et rappellent leur indépendance politique.
Pour Marine Le Pen, l'enjeu est double : rassurer les marchés financiers et convaincre les électeurs de droite modérée, séduits par la promesse d'un État fort mais méfiants sur les questions économiques. Ses équipes planchent sur un "programme de gouvernement" actualisé, qui devrait être présenté à la fin de l'année 2025. Ce document, attendu par les milieux économiques, devra répondre aux critiques sur le financement des mesures proposées.
En attendant, la présidente du RN poursuit son tour de France des entreprises. Après une visite d'une usine de la métallurgie dans l'Aisne, elle doit se rendre dans les prochaines semaines dans une PME du secteur de la santé en Occitanie. Autant de déplacements qui lui permettent de montrer sa connaissance des réalités du terrain et de peaufiner son image de femme d'État.



