Manifester est un droit, mais le problème des casseurs persiste
Manifester est un droit, mais problème des casseurs persiste

Alors que de nombreuses manifestations sont interdites ce samedi 24 octobre à Nîmes, Montpellier et dans plusieurs grandes villes françaises, des habitants d'Occitanie expriment leur désarroi. Pour Maeva, 29 ans, Lauriane, 22 ans, et Margot, 26 ans, aides-soignantes au CHU de Nîmes, "les raisons de manifester sont bonnes, il y a le problème des casseurs, mais le droit de manifester est un droit". Ces trois femmes, qui ne se disent "pas du tout engagées dans le mouvement", déplorent les interdictions en cascade des défilés prévus ce samedi.

Des citoyens partagés entre droit et crainte des violences

Maeva, enceinte, explique ne pas avoir voulu participer aux cortèges du 17 octobre : "Avec mon ventre de femme enceinte, je n'avais pas envie d'aller me faire gazer". Ses deux amies travaillaient ce jour-là. La préfète du Gard, comme celle de l'Hérault, a interdit la manifestation du 24 octobre dans leurs départements respectifs.

Dans les travées du centre commercial Odysseum de Montpellier, sous un soleil d'automne, d'autres habitants partagent leur quotidien. Emma et Louis, lycéens à Ganges (Hérault), Vivien et Elodie, venus de Fanjeaux (Aude) en famille, ainsi que Gustave, étudiant au Portugal, et son amie Jade, étudiante à la faculté d'éducation de Montpellier, évoquent les raisons qui nourrissent les défilés : perte de pouvoir d'achat, état dégradé des lycées et des universités, aberrations de Parcoursup.

"Il faut un juste milieu"

Emma, lycéenne, a participé à la manifestation de samedi dernier à Montpellier : "Je suis partie avant que ça dégénère. Ce n'est pas normal d'interdire celles de ce samedi, mais en même temps, je comprends. Il faut un juste milieu". Elle ajoute ne pas avoir "de professeur de physique" depuis la rentrée, et confie : "On n'a pas le sentiment d'être entendu. Les casseurs prennent le dessus".

Jade, 22 ans, étudiante à la faculté d'éducation de Montpellier, s'oppose fermement à l'interdiction : "Ah non, il ne faut pas interdire ! C'est un droit ! Et s'il y a de la casse, c'est qu'il y a des raisons derrière". Elle critique la couverture médiatique : "Les médias ont beaucoup montré la violence des casseurs, pas celles de la police. Macron n'en a même pas parlé, ça me choque". Jade, qui suit des études qui ne lui plaisent pas, précise : "C'était ma dernière option sur Parcoursup". Son ami Gustave, qui étudie au Portugal, indique qu'on y parle "beaucoup" de la situation en France.

En zone rurale, un sentiment d'impasse

À Fanjeaux, dans l'Aude rurale, Vivien et Elodie, jeunes parents éducateurs, estiment que manifester "est un droit. Il ne faut pas interdire, il faut encadrer". Ils se disent "attristés" par les images de la France qui brûle. "À la campagne, on n'est pas impacté de la même façon, mais on arrive à un moment où on est face à un mur", confie le couple. "Macron n'est plus là. Le pouvoir d'achat est plus bas que tout. Les hôpitaux, l'école… rien ne va", ajoutent-ils.

Elodie "vote blanc" depuis des années parce que "la politique, ça n'a plus de sens. Je pense qu'on est tous en colère, qu'on en a ras-le-bol". Le couple, qui vit "avec un peu plus de 3000 euros par mois" et des "salaires qui ne bougent pas", en arrive à "se demander pourquoi on bosse" : "On a un des deux salaires qui part en factures. On paie des impôts, on est juste au-dessus des revenus qui permettent d'avoir des aides, et on est considéré comme la classe moyenne…" Ils dénoncent aussi la perte de sens de leur métier : "On n'est plus des éducateurs, on est des gardiens de prison. Et dès qu'on demande un budget, il n'y a pas les moyens".

Ce samedi, alors que la manifestation est interdite à Montpellier, la boutique Apple du centre commercial Odysseum, où flottent des drapeaux orange de la CFDT, sera fermée et vidée de son matériel, loin de la furie du week-end dernier.