Le pape Léon XIV se rendra en France pour une visite apostolique à la fin du mois de septembre, comme l'a annoncé ce jeudi Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France. Cet événement marque une première depuis le voyage de Benoît XVI en 2008. Le pape François avait bien foulé le sol français à trois reprises, mais pour des destinations ponctuelles et des événements ciblés – Strasbourg, au Parlement européen, Marseille pour une conférence sur la Méditerranée, la Corse pour une manifestation sur la piété populaire – et en prenant soin, à chaque fois, de préciser qu'il ne venait pas en France.
Un geste de réconciliation
Le « pape des périphéries », qui avait choisi d'honorer des contrées lointaines et de petits pays plutôt que les vieilles nations de la chrétienté, avait froissé les fidèles de l'ex « fille aînée de l'Église », qui se sentaient méprisés. D'une certaine manière, on peut dire que son successeur a réparé l'affront ressenti lors de l'annonce d'une visite en septembre par Jean-Marc Aveline – par ailleurs à l'origine de la venue de François à Marseille en 2023. Une visite à laquelle travaille depuis plusieurs semaines dans le secret le très discret cardinal et archevêque de Marseille, qui a l'oreille de Léon XIV, tout comme il avait celle de son prédécesseur.
Les premiers signes d'intérêt
L'Américain Robert Prévost, dès ses premiers pas dans les habits de Léon XIV, a envoyé plusieurs signes d'intérêt à la France. Le 28 mai, dans une lettre, il appelait les évêques de France à relancer la « mission », c'est-à-dire l'évangélisation d'un pays fortement déchristianisé – malgré la vague récente de baptêmes. Il y faisait référence à trois saints français canonisés en 1925 par Pie XI pour leur « admirable élan missionnaire » : Jean-Marie Vianney, Jean-Eudes et Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Dès le début, on a tôt fait de repérer que son nom charriait des racines normandes et que sa grand-mère était née au Havre et qu'il s'est exprimé dans un français maîtrisé lors de son voyage récent à Monaco. Que Léon XIV honore de sa présence la France alors qu'il en est encore au début de son pontificat marque un attachement !
Un attachement historique
Un attachement qui pourrait rappeler celui de Jean-Paul II, qui vint huit fois visiter notre pays – autant de voyages que pour sa Pologne natale – et dont l'interpellation en débarquant à l'aéroport du Bourget en 1980 résonne encore dans les mémoires : « France, fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? »
Léon XIV rompt avec un usage voulant qu'un pape ne se déplace pas dans un pays en contexte électoral. La France l'est, certes, mais son président ne peut se représenter et le pape donc n'intervient pas dans le processus (même si sa présence va nécessairement alimenter la chronique électorale). Au diable, les usages ! Mais vive les traditions ! Et Léon XIV renoue avec une ancienne : la francophilie des souverains pontifes.
Une lignée francophile
Une chaîne ancienne qui, dans l'ère contemporaine, remonte à Pie XII, prêchant en 1937 à Notre-Dame de Paris, alors qu'il était encore le cardinal Pacelli : « Ici, c'est l'âme même de la France, l'âme de la fille aînée de l'Église, qui parla à mon âme ! »
Une lignée poursuivie par Jean XXIII, qui fut nonce apostolique à Paris de 1944 à 1953, puis Paul VI, lui aussi pétri de culture française et parlant parfaitement notre langue. Les historiens souligneront que Léon XIII, le pontife dans les pas duquel celui-ci s'inscrit, fut le pape du Ralliement – invitant par son encyclique « Au milieu des sollicitudes » (1892) les catholiques à adhérer à la Troisième République.
Les observateurs plus récents, eux, ont encore dans l'oreille le discours puissant prononcé par Benoît XVI au Collège des Bernardins, en 2008. Une intervention qui s'achevait sur ces mots : « Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l'humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l'Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L'écouter, demeure aujourd'hui encore le fondement de toute culture véritable. »



