Canonisation de deux saints du Sud-Ouest : Louis Beaulieu et Pierre Aumaître
Canonisation de deux saints du Sud-Ouest en 1984

Le 6 mai 1984, le pape Jean-Paul II canonisait cent trois martyrs morts pour leur foi en Corée. Parmi eux figuraient deux prêtres du Sud-Ouest : Louis Beaulieu, de Langon (Gironde), et Pierre Aumaître, d’Aizecq (Charente), tous deux décapités en 1866. À la veille de cet événement pour les diocèses de Bordeaux et d’Angoulême, un journaliste de « Sud Ouest » était allé enquêter chez les paroissiens.

Langon : le difficile impact de la sainteté

Louis Beaulieu est né à deux pas de la Garonne, enfant d’une femme d’origine béarnaise, Marie-Désirée Payotte, veuve à 19 ans, quatre mois avant la naissance de son fils. Elle l’élèvera courageusement tout en continuant son commerce de fournitures pour rouliers. Le petit Louis ressentit très tôt un attrait pour la vie religieuse et le désir d’être missionnaire. Il le devint en Corée, mais n’y resta qu’un an : le 8 mars 1866, il fut exécuté, martyr de sa foi, ayant refusé de la renier sous la torture.

Le curé de Langon, le père Gérard de Dinechin, religieux mariste auvergnat, ne doute pas de l’opportunité de cette canonisation, mais a du mal à croire à son impact sur les fidèles. « Tous les saints ne peuvent avoir le charisme d’un curé d’Ars », dit-il. Il verrait d’un bon œil la canonisation de contemporains disparus récemment, comme l’ancien ministre gaulliste Edmond Michelet. « D’ailleurs, il a fallu s’y prendre à deux fois pour intéresser les paroissiens à l’événement. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Françoise Géraud, femme de notaire et militante catholique, s’interroge : « À qui la faute de cette relative tiédeur ? » Elle fut une des premières à se porter candidate pour un voyage à Séoul avec la délégation diocésaine. « Le souvenir de Louis Beaulieu n’a pas été suffisamment entretenu. »

À Langon, Louis Beaulieu a sa rue depuis 1963, une rue plutôt modeste, donnant sur une artère commerçante. Mais nulle plaque commémorative sur la façade du 5 rue Lafargue, où il naquit le 8 octobre 1840. Françoise Géraud s’étonne de cet oubli.

Aizecq : né dans une étable

En Charente, Aizecq est un hameau de 200 âmes, fier de son identité. Il a son saint : Pierre Aumaître. Le maire, Marcel Boizard, dit de lui « qu’il est spirituellement le plus glorieux des enfants du village ». La maison où il naquit en 1837, une étable, n’a pratiquement pas changé. Pierre, fils de modeste cultivateur et d’une couturière, sentit monter sa vocation et partit pour le séminaire des missions étrangères à Paris. Envoyé en Corée, il y vécut deux ans dans des conditions épouvantables avant d’être arrêté, torturé et décapité le jour du vendredi saint.

Le Langonnais Beaulieu avait 26 ans lors de son martyre, le Charentais Aumaître 29.

Un siècle n’a pas altéré le culte du souvenir à Aizecq. Dans la petite église, une chapelle est dédiée au saint. Il ne se passe pas de semaine sans que quelqu’un demande la direction de « Le Peux », l’ancienne maison de la famille Aumaître. Des cars venus de loin s’y arrêtent.

Le maire songe à un sanctuaire. Dès l’annonce de la canonisation, il a lancé une proclamation : « Parce qu’il est rare d’avoir un saint natif de la commune, il convient que Pierre Aumaître reçoive l’hommage qu’il mérite. Un pèlerinage devrait être organisé pour construire des structures d’accueil et créer des emplois. » La commune a déjà goudronné le chemin menant à Le Peux et une signalisation va être posée.

Les habitants de Le Peux, comme Ginette Caillaud, ne sont pas opposés à l’idée, mais restent prudents. « Une étable, c’est indispensable », disent-ils. Quant à l’achat de la maison par l’évêché, « tant qu’on ne s’est pas assis pour causer », comme dit le père Masson.

Pour l’heure, les Masson et les Caillaud ne connaissent que « Stocquard », le prêtre du secteur. Et même s’ils l’aiment bien, ils préfèrent avoir affaire au Bon Dieu qu’à ses saints. Comme on connaît ses saints, on les honore. Mais ce proverbe ne se dit pas tout à fait de la même manière à Langon et à Aizecq.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale