La chute d'une figure politique emblématique
Le rideau est définitivement tombé sur la présidence de Jack Lang à l'Institut du monde arabe. L'ancien ministre de la culture, âgé de 86 ans, a présenté sa démission samedi 7 février, mettant fin à une semaine de polémique intense concernant ses relations financières et amicales avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, décédé en prison en 2019.
La pression judiciaire et politique
Acculé par l'ouverture, la veille de sa démission, d'une enquête du Parquet national financier pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », Jack Lang ne pouvait plus compter sur le soutien de l'Elysée et du Quai d'Orsay, ses autorités de tutelle directes. Cette décision intervient alors que les « Epstein Files » – ces millions de courriels de l'ex-homme d'affaires publiés par l'administration américaine – ont révélé que Jack Lang figurait en bonne place dans les communications du réseau Epstein.
Une carrière de plus de soixante ans sous les projecteurs
Les splendeurs et les décadences de la carrière de cet immortel du pouvoir occupent les colonnes du Monde depuis plus de six décennies. Tout a commencé le 11 juillet 1962, lorsqu'une plume anonyme a consigné le nom de ce cadre du Parti socialiste unifié, alors âgé de 22 ans, parmi une liste de 47 frondeurs critiques envers leur direction. Un an plus tard, le 2 mai 1963, Claude Sarraute rapportait le rôle moteur de ce « jeune assistant à la faculté de droit » de Nancy dans l'organisation du « premier Festival international de théâtre universitaire » dans la cité lorraine.
L'architecte de la politique culturelle mitterrandienne
Le nom de Jack Lang incarne à lui seul la politique culturelle des deux septennats (1981-1995) de François Mitterrand, depuis le prix unique du livre jusqu'à la création de la Fête de la musique. Il est devenu synonyme de « passerelle » avec la société civile, comme le notait Daniel Schneidermann le 29 juin 1987. « La seule, peut-être, lancée entre un univers politique sanglé dans ses costumes gris souris, coincé dans ses raisonnements en trois points, engoncé dans ses limousines scintillantes, et la galaxie des “branchés” de tout poil, le peuple des clips, du fun, du rap et du off off, qui se reconnaît à l’œil chassieux et au rasage incertain, d’Aubervilliers aux studios des Buttes-Chaumont. »
Cette démission marque un tournant dramatique dans la trajectoire d'un homme qui a longtemps symbolisé l'ouverture culturelle et le dialogue entre les mondes politique et artistique. Le tsunami des révélations Epstein a finalement eu raison de sa résilience politique, mettant un terme abrupt à une présence institutionnelle qui semblait immuable.



