Italie : quand les familles possèdent les partis politiques
Italie : quand les familles possèdent les partis

En Italie, il est possible d'être propriétaire d'un parti politique, comme s'il s'agissait d'un club de football ou d'une chaîne de grandes surfaces. Cette particularité, unique au monde, est mise en lumière par l'essayiste Raffaele Simone dans une tribune publiée le 18 août 2026. Selon lui, cette innovation, héritée du berlusconisme, pourrait faire école dans d'autres pays et influencer la vie démocratique.

Forza Italia, une dette de 90 millions d'euros envers la famille Berlusconi

Après la mort de Silvio Berlusconi, fondateur et chef incontesté de Forza Italia (FI), ses héritiers ont recueilli une créance sur le parti. Celle-ci provient des cautions que Silvio avait personnellement accordées à diverses banques pour financer FI. Selon le bilan 2025, la dette du parti envers la famille Berlusconi s'élève à 90 433 600 euros, un montant énorme. En ajoutant d'autres postes, la dette consolidée de Forza Italia avoisine les 95 millions d'euros.

Pour faire tourner le parti dans ces conditions financières périlleuses, les cinq enfants de Silvio (Marina, Pier Silvio, Barbara, Eleonora et Luigi) et son frère Paolo versent chaque année 100 000 euros chacun dans ses caisses, soit le maximum autorisé par la loi. Dans le bilan 2025, ces contributions familiales ont atteint 700 000 euros, représentant plus d'un cinquième des recettes totales.

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Les « guides suprêmes » de Forza Italia

Fort de cet engagement financier, les enfants Berlusconi s'attribuent publiquement le rôle singulier de « guides suprêmes » du parti, avec le pouvoir de convoquer et de fixer la ligne. En avril, Marina et Pier Silvio Berlusconi ont fait venir Antonio Tajani, secrétaire actuel de FI et ministre des Affaires étrangères du gouvernement Meloni, dans les bureaux de Mediaset, la principale société de la famille. Ils l'ont retenu quatre heures pour discuter du renouvellement du parti, de son poids au gouvernement et de la distribution de certaines charges dans le Parlement.

Les oppositions et les médias indépendants n'ont pas manqué d'ironiser sur le fait qu'un ministre en exercice ait accepté docilement de se faire convoquer dans un espace privé, marqué par une marque aussi puissante que Mediaset.

Fratelli d'Italia : le duo de sœurs Meloni

Chez Fratelli d'Italia (FdI), il n'y a pas de propriétaire au sens strict, mais un duo de sœurs qui décide d'une bonne partie de la ligne. Elles rappellent les frères Kaczyński (Lech et Jarosław), ces jumeaux polonais qui ont été quasi « maîtres » du parti d'extrême droite Droit et Justice (PiS), occupant entre 2006 et 2007 respectivement les fonctions de président de la République et de Premier ministre. Un cas unique au monde, que la presse européenne qualifia avec ironie de « république monozygote ».

Giorgia et Arianna Meloni ne sont ni monozygotes ni même jumelles, mais tout se passe comme si elles l'étaient. Elles sont les « patronnes » incontestées du parti qui a placé Giorgia à la tête du gouvernement et Arianna, la sœur aînée, à celle de son secrétariat politique et de ses adhésions, avant qu'elle ne brigue peut-être la mairie de Rome.

Des liens du sang plus forts que la politique

Bien qu'elle n'occupe pour l'instant qu'un rôle interne, Arianna s'exprime volontiers en public sur l'orientation du parti. Selon les médias, on lui doit un grand nombre des centaines de nominations importantes (dans les institutions gouvernementales et les sociétés totalement ou partiellement publiques) qui reviennent à l'administration actuelle.

On sait peu de choses de leurs titres académiques : si Giorgia est diplômée d'un institut hôtelier, la formation d'Arianna et ses mérites intellectuels demeurent, eux, inconnus. On sait seulement qu'elle est engagée en politique depuis l'adolescence et qu'elle a été, pendant vingt ans, la compagne de Francesco Lollobrigida, ministre de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et des Forêts. Les liens du sang, dirait-on, pèsent plus lourd qu'un cours de culture politique.

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La nouveauté indiscutable de ces « types » politiques appellerait une mise à jour du « Savant et le Politique » (1919), le fameux essai où Max Weber a étudié les partis politiques naissants et les différentes fonctions qui les structuraient. Malgré sa lucidité géniale, le grand sociologue n'est arrivé à prévoir ni la figure du « parent », ni celle du « propriétaire de parti ».