La proposition d'annuler la dette de la France, défendue par Jean-Luc Mélenchon, s'impose comme l'un des sujets les plus polémiques de la campagne présidentielle. Cette idée, portée par le leader de La France insoumise, divise profondément la classe politique et les économistes.
Une proposition qui bouscule les dogmes économiques
Jean-Luc Mélenchon propose d'annuler la dette publique française, qui représente environ 3 000 milliards d'euros. Selon lui, cette mesure permettrait de libérer des marges de manœuvre budgétaires pour financer la transition écologique et sociale. Le candidat insoumis estime que la dette est un outil de domination des marchés financiers sur les peuples.
Cette position, qualifiée de « dangereuse » par ses adversaires, repose sur l'idée que les banques centrales, notamment la Banque centrale européenne, peuvent effacer les dettes souveraines sans conséquences majeures. Mélenchon s'appuie sur l'exemple de la zone euro et sur les politiques monétaires non conventionnelles menées depuis 2008.
Des réactions vives dans le camp présidentiel et chez les opposants
Les partisans de la majorité présidentielle dénoncent une « folie économique » qui conduirait à la faillite de l'État et à une perte de confiance des investisseurs. Ils rappellent que la France emprunte à des taux historiquement bas et que l'annulation de la dette aurait des conséquences désastreuses sur la crédibilité du pays.
À droite, Les Républicains jugent cette proposition « irresponsable » et y voient une menace pour l'épargne des Français. Marine Le Pen, du Rassemblement national, tout en critiquant la gestion de la dette, refuse de s'associer à cette mesure, qu'elle estime « irréaliste ».
Un débat qui cristallise les tensions sur la souveraineté monétaire
Jean-Luc Mélenchon inscrit cette proposition dans son projet de « VIe République » et de sortie des traités européens. Pour lui, l'annulation de la dette est un préalable à la reconquête de la souveraineté monétaire de la France. Il cite l'exemple de l'Équateur, qui a répudié une partie de sa dette en 2008, ou encore de l'Allemagne, qui a bénéficié d'un effacement de sa dette en 1953.
Les économistes sont partagés. Certains, comme les membres des Économistes atterrés, estiment que la soutenabilité de la dette n'est pas un problème tant que les taux d'intérêt restent inférieurs à la croissance. D'autres, plus orthodoxes, mettent en garde contre les risques inflationnistes et la perte de confiance des marchés.
Une idée qui mobilise l'électorat de gauche
Selon un sondage récent, 45 % des Français se disent favorables à une annulation de la dette publique. Ce chiffre monte à 70 % parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Cette popularité s'explique par la perception d'une injustice : les citoyens estiment avoir déjà payé leur dû à travers les impôts et les baisses de services publics.
La proposition de Mélenchon s'inscrit dans une campagne où les questions économiques et sociales sont centrales. Elle lui permet de se démarquer des autres candidats de gauche, notamment Anne Hidalgo et Yannick Jadot, qui proposent des mesures plus modérées comme la renégociation de la dette ou la création d'une banque publique d'investissement.
Le débat sur l'annulation de la dette est donc loin d'être clos. Il illustre les clivages profonds qui traversent la société française sur la question de la souveraineté économique et du rôle de l'État. La suite de la campagne dira si cette proposition radicale parviendra à convaincre au-delà de l'électorat insoumis.



