Bruno Retailleau, le candidat sans folie : entre devoir et ambition mesurée
Bruno Retailleau, candidat sans folie : devoir contre ambition

L'ascension mesurée d'un président de parti

Le 18 mai 2025 marque un tournant pour la droite française : Bruno Retailleau est intronisé président des Républicains après un triomphe écrasant face à Laurent Wauquiez, avec 75 % des voix. Cette victoire confortable aurait pu justifier une campagne d'affichage centrée sur son visage, mais le Vendéen décline cette proposition. "On va dire que je ne respecte pas le parti", explique-t-il à son entourage. En juin 2025, les affiches du parti rendent hommage aux "honnêtes gens", représentés de dos grâce à l'intelligence artificielle. L'incarnation attendra.

Une candidature officielle sous le signe du sérieux

Ce jeudi 12 février, Bruno Retailleau officialise sa candidature à l'élection présidentielle par un message aux élus puis une intervention télévisée. Il habille son annonce d'une rhétorique sacrificielle, affirmant que sa décision répond au "sens du devoir" plutôt qu'à une "obsession du pouvoir". "Je ne tenterai pas de vous convaincre par des slogans démagogiques ou par des postures théâtrales. Je crois au sérieux, à la constance, à la cohérence. Je ne promettrai rien que je ne pourrai tenir", déclame-t-il dans une vidéo.

Les conseils francs de Valérie Pécresse

Au début de l'année, Valérie Pécresse échange avec Bruno Retailleau avec la franchise qui la caractérise. "Pour être président de la République, il faut être mégalomane, mythomane et exhibitionniste. Comme tu n'es aucun des trois, tu as un handicap de départ", lui lance-t-elle. L'ancienne candidate de 2022, dont les odes à la "vérité" n'ont convaincu que 5 % des Français, parle en experte. "Il y a un créneau pour les gens sérieux", lui répond le Vendéen, qui rode déjà son discours.

Une stratégie politique fondée sur la sincérité

"Ta sincérité est ton atout majeur", répète souvent Brice Hortefeux à Bruno Retailleau. Les soutiens du Vendéen notent que les Français lui prêtent davantage cette qualité - reconnue par ses pairs - qu'aux autres responsables politiques. Ce trait de caractère a mué en stratégie politique, par nécessité plus que par choix.

L'absence des qualités traditionnelles des présidents

Le patron de LR est dépourvu des qualités propres aux vainqueurs de la course élyséenne. L'homme n'a pas le narcissisme d'Emmanuel Macron ou la confiance en son destin de François Hollande. Pas plus qu'il n'a la prestance physique et la souplesse idéologique de Jacques Chirac - "Je vous surprendrai par ma démagogie", promettait-il à ses proches en 1995 -, ni même l'énergie vorace de Nicolas Sarkozy. "Il fait petit garçon face à Wauquiez", glissait en septembre Sébastien Lecornu à un complice. On n'ose enfin comparer son leadership et son sens tactique à celui de François Mitterrand.

La préservation de la vie privée comme marqueur

Bruno Retailleau préserve son cercle privé avec une rigueur constante. Il a toujours refusé les sollicitations de Paris Match pour s'afficher avec sa famille. C'est seul qu'il apparaît cette semaine en Une du Figaro Magazine, dans un cliché austère pris en Vendée, en homme de la ruralité éloigné des vicissitudes parisiennes. Ce n'est pas lui qu'on verra barboter sur la plage en maillot.

Une vision alternative de la présidentielle

"Les Français ont soupé de la politique spectacle. Ils ne veulent pas des surhommes, mais des hommes sûrs", affirme Bruno Retailleau à L'Express. Le candidat veut croire - il n'a guère le choix - que les codes traditionnels de l'élection présidentielle sont mouvants. "Nos compatriotes savent que la situation est devenue intenable. Cette démagogie appartient au passé."

Une ambition tardive et ambivalente

Naît-on candidat à la présidentielle ou le devient-on ? Bruno Retailleau n'est pas venu au monde avec la présidence en ligne de mire. "Il ne fait pas partie de ces gens qui pensent avoir été touchés par le doigt de Dieu pour devenir président, note Edouard Philippe. Il y a un élément de doute. Ce n'est pas rédhibitoire et c'est même assez sympathique pour moi." Dès 2019, il envisage de se lancer dans la course élyséenne de 2022, mais des matinales radio en cascade ne suffiront pas à le faire décoller. "Je n'ai pas ce grain de folie", confesse-t-il à l'époque à l'eurodéputé François-Xavier Bellamy.

Entre envie et devoir : l'alchimie complexe

De quoi cette ambition suprême est-elle le nom ? Comment distinguer "l'envie" du "devoir" chez un homme habité par de profondes convictions ? "L'envie, c'est se faire plaisir", récuse Bruno Retailleau. Qui reconnaît bien volontiers qu'il n'est pas un moine soldat. "Je mentirais si je concevais mes engagements uniquement avec une dimension sacrificielle, c'est aussi par goût du débat public et de l'engagement", confie-t-il. Un ami sourit de cette ambiguïté : "Il a la même relation à l'ambition que le catholique pratiquant l'a au péché. Il en a, mais essaie de la juguler car il sait qu'elle corrompt."

Une ascension présentée comme le fruit du hasard

Le Vendéen a une lecture très sage de son ascension politique, fruit supposé de circonstances heureuses. La prise du département de la Vendée ? "Philippe de Villiers m'a poussé." Celle de la région des Pays de la Loire ? "Il n'y avait pas de candidature pour reprendre la région à gauche." Que de heureux hasards ! Cet appétit est désormais public. A Jean-Pierre Raffarin, Bruno Retailleau a récemment confié : "Si le président du parti n'y va pas, le parti n'existe plus."

Le défi d'une candidature hors normes

Là réside le défi du Vendéen : démontrer que sa candidature échappe aux canons de la Ve République, tout en lui donnant un supplément d'âme capable d'emporter les Français. Entre l'envie et le devoir, une alchimie à trouver dans un contexte politique où les Français semblent lassés des excès et en quête d'authenticité. Sa stratégie du sérieux et de la sincérité sera-t-elle suffisante face aux traditions bien établies de la politique spectacle ?