Bolloré, le stratège caché de la présidentielle
Bolloré, le stratège caché de la présidentielle

Vincent Bolloré, le milliardaire breton de 74 ans, n'est pas candidat à l'élection présidentielle de mai prochain, mais il met tout en œuvre pour y amener l'extrême droite au pouvoir, selon une enquête approfondie menée par les journalistes Clément Lacombe et Camille Vigogne Le Coat, publiée dans l'ouvrage « la Droite de Dieu » (Les Arènes). Le propriétaire d'un empire médiatique (CNews, Europe 1, le Journal du Dimanche, Fayard, Grasset) consacre désormais tout son temps et une partie de sa fortune colossale à une guerre culturelle et politique, visant à sceller l'union des droites, restaurer une France « fille aînée de l'Église », ratiboiser les dépenses publiques et combattre ce qu'il nomme la « submersion migratoire », « l'islam conquérant » et l'idéologie woke.

Un contrôle éditorial de fer et des ambitions politiques

La méthode de Vincent Bolloré est simple : un contrôle éditorial de fer, des propagandistes zélés et des têtes d'affiche ancrées à l'extrême droite. Il s'est d'abord donné carte blanche à son ami Eric Zemmour, première star réac de CNews, mais ce dernier n'a obtenu que 7 % des suffrages à la présidentielle. Dépité, le milliardaire a ensuite jeté son dévolu sur Jordan Bardella, jeune président du RN, populaire et défendant une trajectoire économique probusiness. Jusqu'à ce que la cour d'appel de Paris lève l'inéligibilité de Marine Le Pen, l'autorisant à se présenter pour la quatrième fois.

Le milliardaire et son confesseur controversé

Le portrait brossé par les journalistes est celui d'un milliardaire obsédé par le salut de son âme, qui ne se confie qu'à un quarteron d'abbés traditionalistes voués à la « reconquête chrétienne ». Son confesseur depuis trois décennies, le père Gabriel Grimaud, a été accusé à plusieurs reprises d'agressions sexuelles, affaires prescrites, mais cela n'a pas dissuadé Vincent Bolloré de lui confier la direction du foyer Jean-Bosco, centre d'accueil d'étudiants catholiques où règne un climat de harcèlement moral et de violence psychologique. C'est là que le milliardaire assiste à la messe, souvent en compagnie de son vieil ami Nicolas Sarkozy.

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Une stratégie de fusion des droites et de rigueur budgétaire

En politique, Vincent Bolloré cherche le missionnaire idéal. « C'est simple, je veux quelqu'un qui soit libéral économiquement, mais avec le programme du Rassemblement national, très fort sur le régalien », a-t-il confié à Valérie Pécresse en 2021. Il se défie de la « droite molle et centriste » incarnée par Édouard Philippe, et s'est énervé du refus de Bruno Retailleau de s'allier avec l'extrême droite. Ne pouvant miser que sur Marine Le Pen, favorite des sondages, il s'emploie à « corriger » sa ligne économique, notamment en faisant la publicité du « Casse du siècle », brûlot poujadiste de Sarah Knafo, qui pourrait prendre la relève de son mentor Eric Zemmour.

Sous pression, Marine Le Pen a déjà changé de religion sur les finances publiques : elle maintient sa promesse de rétablir la retraite à 62 ans, mais affiche un nouveau rigorisme avec l'adoption d'une règle d'or limitant le déficit budgétaire à 3 % du PIB et un plan d'économies drastique de 125 milliards d'euros dès 2027. Les pièces de la machine de guerre présidentielle de Vincent Bolloré se mettent méthodiquement en place.

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