Alors que l'été bat son plein, les candidats à l'élection présidentielle française adoptent des stratégies de communication radicalement différentes. Selon Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l'information et de la communication aux universités de Bourgogne et catholique de l'Ouest, cette période est particulière : « Les Français en vacances réclament le droit à la déconnexion de toute préoccupation sociétale, politique, économique, comme les angoisses de fin de mois. »
Une hyperactivité estivale à double tranchant
Gabriel Attal, candidat déclaré du bloc central, multiplie les déplacements, comme jeudi dernier à La Grande-Motte (Hérault), pour se montrer auprès des travailleurs de l'été. Il a également réclamé dimanche un référendum sur l'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs. Cependant, cette hyperactivité peut-elle porter ses fruits ? « Pour les politiciens, il faut occuper le terrain l'été, mais être trop présent ce n'est pas idéal, être trop visible dans les médias peut donner une impression désagréable, de vouloir en faire trop, c'est souvent à double tranchant », analyse Alexandre Eyries.
L'expert cite également François Ruffin, autre candidat potentiel à gauche, qui a parcouru cet été le pays en stop, accompagné d'un caméraman : « C'est un peu “téléphoné” et raté », juge-t-il. Le timing est primordial : « En ce moment, les Français sont entre les livres feel-good, le barbecue et l'apéro… Cette présidentielle va vite arriver, assez tôt, avec la rentrée et les formations politiques vont se mettre en ordre de marche. »
Discrétion et réseaux sociaux : les autres stratégies
Marine Le Pen est en vacances à la Trinité-sur-Mer (Morbihan) et sa parole est quasi inexistante. « Elle a fait beaucoup parler d'elle au moment de la décision de justice début juillet, l'idée pour elle, c'est de rester dans la discrétion et préparer sa rentrée politique, Zemmour aussi reste très discret », estime Alexandre Eyries. Jean-Luc Mélenchon (LFI), lui, dégaine uniquement sur X et TikTok, comme pour se réjouir de la censure du Conseil constitutionnel sur le projet de loi concernant les mineurs et les réseaux sociaux. « Il se rend présent en multipliant les publications régulières pour marquer les esprits et ne s'épuise pas à aller sur le terrain “réel”, dit encore l'enseignant. Mais j'ai compté plus d'une trentaine de candidats déclarés, il y a une telle masse d'informations et données publiées, c'est énorme et les Français n'ont pas la tête à ça en cette période de l'année. »
Édouard Philippe, Hollande, Glucksmann et Macron : entre présence et pause
Édouard Philippe, talonné dans les sondages par Attal, limite au maximum sa parole, mais est intervenu sur l'immigration via une tribune dans Le Figaro et sur X sur la question du chômage. Certains comme Hollande ou Glucksmann, aperçu en vacances en Corse avec Léa Salamé, sont aussi sur pause, « on attend parler d'eux toute l'année » alors que se profilent les universités d'été, en fin de mois, cruciales cette année. Et que dire du Président Macron, s'affichant en “une” de Paris Match, muscles saillants sur son jet-ski, provoquant l'ire de ses opposants à gauche ? « Il veut montrer qu'il passe des vacances comme tous les Français ou presque, une image de normalité et de dynamisme. »



