À un an de la présidentielle de 2027, un drôle de consensus semble émerger dans la classe politique française autour de l'idée d'organiser un référendum. Des figures de la majorité comme de l'opposition, pourtant opposées sur presque tout, s'accordent à reconnaître l'utilité de consulter directement les citoyens sur des sujets majeurs. Cette convergence, bien que fragile, interroge sur les intentions réelles des uns et des autres.
Un consensus surprenant entre majorité et opposition
Selon les informations recueillies par Le Monde, plusieurs responsables politiques, de la majorité présidentielle à l'opposition, expriment leur soutien à l'organisation d'un référendum. Parmi eux, on trouve des membres de La République en marche, du Rassemblement national, des Républicains, et même de La France insoumise. Tous y voient un moyen de trancher des questions jugées essentielles, comme l'immigration, la réforme des institutions ou encore l'avenir du système de retraites.
Cette position commune est d'autant plus remarquable que ces partis s'opposent frontalement sur le fond. Mais le référendum apparaît comme un outil procédural qui pourrait contourner les blocages parlementaires et redonner la parole au peuple. Un responsable de la majorité, cité par Le Monde, confie : « Nous avons besoin de consulter les Français sur des choix structurants. » De son côté, une figure de l'opposition estime que « le référendum est le seul moyen de sortir de l'impasse ».
Des motivations divergentes derrière un même mot
Si le mot « référendum » est sur toutes les lèvres, les motivations divergent profondément. Pour la majorité, il s'agirait de légitimer des réformes impopulaires en les soumettant au verdict populaire. Pour l'opposition de droite, le référendum serait un moyen de durcir la politique migratoire ou de renforcer l'autorité de l'État. À gauche, on y voit un outil de démocratie participative permettant de trancher des questions sociales ou environnementales.
Cette convergence de façade cache des conceptions radicalement différentes de l'usage du référendum. Certains souhaitent un référendum d'initiative partagée, d'autres un référendum décisionnel, d'autres encore un référendum constituant. Les modalités mêmes – question posée, périmètre, calendrier – font l'objet de désaccords profonds.
Un précédent historique et des précédents récents
La pratique référendaire sous la Ve République a connu des fortunes diverses. Le dernier référendum national remonte à 2005, lorsque les Français avaient rejeté le traité constitutionnel européen. Depuis, aucun référendum n'a été organisé, malgré les promesses de certains candidats. En 2019, le mouvement des Gilets jaunes avait relancé l'idée d'un référendum d'initiative citoyenne, sans suite concrète.
Les exemples étrangers récents, comme le Brexit au Royaume-Uni ou les référendums en Italie, montrent que cet outil peut être porteur de fortes tensions et de résultats inattendus. Les responsables politiques français en sont conscients, mais semblent prêts à prendre ce risque.
Vers une promesse de campagne généralisée ?
À l'approche de l'élection présidentielle, le référendum pourrait devenir un thème central de la campagne. Chaque candidat pourrait promettre d'organiser une consultation populaire sur un sujet précis, afin de séduire un électorat en quête de participation. Cette surenchère référendaire comporte toutefois un risque : celui de banaliser l'outil et de créer des attentes impossibles à satisfaire.
Les prochains mois diront si ce consensus de façade se transformera en engagements concrets. Une chose est sûre : le débat sur le référendum est lancé, et il pourrait bien marquer la campagne de 2027. Selon un sondage récent, 70 % des Français se disent favorables à l'organisation d'un référendum sur les sujets majeurs, un chiffre qui conforte les partisans de cette démarche.



