Le RN célèbre sa « Fête de la Nation » à Mâcon, Jeanne d'Arc en retrait
RN : meeting du 1er-Mai à Mâcon, Jeanne d'Arc reléguée

Ce jeudi, le Rassemblement national rassemble ses troupes à l’occasion du 1er-Mai : Jordan Bardella et Marine Le Pen organisent un grand meeting à Mâcon, en Saône-et-Loire. Depuis plusieurs années, le RN a troqué son traditionnel défilé parisien en l’honneur de Jeanne d’Arc pour la « Fête de la Nation ». Mais si l’hommage central à la « pucelle d’Orléans » n’est plus la priorité du mouvement, sa figure n’a pas disparu des discours et des célébrations des héritiers du Front national.

Rompre avec « le Menhir »

C’est en 2016 que le Rassemblement national décide de rompre avec la tradition instaurée par Jean-Marie Le Pen depuis 1998. L’année précédente, en 2015, l’exercice avait viré au fiasco. La journée avait été marquée par la perturbation de militantes Femen, des agressions de journalistes, et la revanche du cofondateur du Front national. Échaudé d’avoir été écarté par sa fille, le « Menhir » s’était invité sur la scène, vêtu d’une parka rouge flamboyante, pour se faire acclamer par le public quelques instants après avoir lancé un « Jeanne, au secours ! » devant la statue de la « sainte » place des Pyramides. La direction du parti avait donc opté, l’année suivante, pour un « banquet patriote » porte de la Villette. « Une rupture considérable avec la ligne du FN », s’agacera d’ailleurs le fondateur du mouvement.

« Il y a eu une volonté de rompre avec le passé incarné par Jean-Marie Le Pen. Mais également d’abandonner un événement émaillé d’incidents, parfois violents, avec la présence non négligeable de groupuscules dont des skinheads, qui aboutira d’ailleurs à la mort de Brahim Bouarram », rappelle Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès. Le 1er mai 1995, ce Marocain de 29 ans était mort après avoir été poussé dans la Seine par des militants d’extrême droite en marge du défilé.

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C’est à partir de 2023 que l’événement du 1er-Mai prend le nom de « Fête de la Nation » pour mieux s’écarter de ces années de polémiques. « C’est beaucoup plus rassembleur, beaucoup plus large. L’hommage à Jeanne d’Arc s’adressait surtout aux catholiques et à un électorat disons "plus conservateur". La Fête de la Nation, c’est la fête de tout le monde. Ça colle assez bien avec le "ni droite, ni gauche" défendue alors par Marine Le Pen », ajoute le spécialiste de l’extrême droite.

Jeanne d’Arc au second plan ?

Jeanne d’Arc est-elle pour autant abandonnée par le parti à la flamme ? « Pas du tout, on y reste très attachés, c’est un très beau symbole, défend Julien Odoul, député RN de l’Yonne. Jeanne d’Arc est une des héroïnes de notre roman national. C’est une figure de résistance, un symbole du patriotisme et une enfant du peuple qui décide de se dévouer à la libération du pays. Elle incarne des valeurs extrêmement fortes », ajoute le porte-parole du mouvement, qui lui rend chaque année hommage dans sa circonscription.

En 2023, pour la première « Fête de la Nation » au Havre, Marine Le Pen et Jordan Bardella prennent soin de s’arrêter à Bonsecours, près de Rouen, pour déposer des fleurs devant le monument hommage à Jeanne d’Arc. Mais la « pucelle » n’est plus au centre des journées du 1er-mai au RN. Elle reste présente dans les discours, mais simplement au détour d’une phrase, comme lors du meeting du 1er-Mai 2025. « Jeanne n’est pas seulement une figure de l’Histoire de France, c’est une leçon de courage que le temps n’a pas effacé », lance le président du RN. Marine Le Pen évoque de son côté « l’une des pages les plus extraordinaires de notre Histoire nationale ».

Cette relégation pousse d’ailleurs Marion Maréchal à organiser son propre hommage annuel à Jeanne d’Arc à partir de 2024 dans le village de Domrémy-la-Pucelle, son lieu de naissance, dans les Vosges. Elle « reprend le flambeau quand le RN est dans le renoncement au nom de la dédiabolisation », justifiait à l’époque un proche à Radio France.

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Pour annoncer l’événement de ce vendredi, Marine Le Pen a publié une vidéo sur X : « Nous serons à Mâcon avec Jordan Bardella pour un grand meeting populaire. Nous y célébrerons le travail, le mérite, la solidarité, et aussi, Jeanne d’Arc ! », dit-elle. Reléguée en dernière place, la « pucelle d’Orléans » en a donc toujours une, de place. Preuve que le RN n’est pas près d’abandonner ses symboles historiques.