Paris : Sophia Chikirou maintient sa liste après un score de 11,72%, l'avenir des alliances en suspens
Paris : Sophia Chikirou maintient sa liste après 11,72% des voix

Paris : Sophia Chikirou maintient sa liste après un score de 11,72%, l'avenir des alliances en suspens

Lorsque les chiffres sont apparus sur l’écran géant, la plupart des militants ont sifflé de bonheur en découvrant la percée électorale. « Bravo Sophia ! » ont-ils lancé, tandis qu'un activiste a crié avec force : « Grégoire, ouvre la porte ! ». La candidate de la France Insoumise pour Paris, Sophia Chikirou, oscillait hier soir aux alentours de 11,72 % des suffrages, un résultat suffisant pour maintenir sa liste Pour un nouveau Paris populaire.

Une ambiance contrastée entre les QG de campagne

Son quartier général de campagne, le bar de quartier L’Exode situé boulevard de Strasbourg dans le 10ᵉ arrondissement, débordait littéralement de jeunes gens enthousiastes. Des quinquagénaires en goguette se laissaient aussi apercevoir, créant une atmosphère vibrante et engagée. Cette scène constituait l'exact opposé de la morne ambiance de bureau qui régnait au QG du candidat Horizons, Pierre-Yves Bournazel, seulement quelques rues plus loin.

Thierry, 60 ans, compagnon de route non encarté des Insoumis, s'est déclaré satisfait du score. « On doit mettre le PS face à ses responsabilités, ils doivent nous respecter. 12% des gens qui votent LFI, ce ne sont pas tous des antisémites ! On n’est pas des antisémites, on veut juste de meilleurs salaires, plus de justice, on ne va pas sortir du jeu », a-t-il affirmé avec conviction.

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Les interrogations sur les alliances futures

Un fumeur sur le trottoir s'est interrogé à voix haute : « Grégoire va-t-il aller vers Bournazel et son aile droite pour l’emporter ou vers nous ? Il n’a cessé de nous repousser, on verra… ». Il imaginait les alliances possibles, mais a refusé de répondre aux questions d’une équipe de l’émission 100% Frontières, diffusée sur CNews et dépêchée sur place pour titiller l’adversaire politique.

Dès qu’un candidat d’extrême-droite s’exprime à la télévision, chaque membre de l’assistance lâche son verre et entonne l’hymne « Siamo tutti antifascisti » en applaudissant en cadence. Les Insoumis semblent avoir une conception large de l’hydre fasciste, puisque, à la vue du député européen socialiste François Kalfon en plateau sur BFM, un jeune militant a lancé à son voisin l’insulte suprême, avec un regard dédaigneux : « Pas Kalfon, ce facho ! ».

Le discours bref mais percutant de Sophia Chikirou

Soudain, à 22h07, la chanson rituelle des Gilets jaunes a été scandée par l'assemblée, soit la centaine de personnes présentes : « On est là ». Enfin, surtout Sophia Chikirou, qui s’est frayé un rapide chemin vers son pupitre. Avec un sourire aimable et franc, elle a attendu la fin de la déclaration à l’antenne du niçois Eric Ciotti pour débuter son discours, qui fut bref mais marquant.

« Paris confirme la percée de la France Insoumise. La responsabilité aujourd’hui est d’empêcher la droite de gagner Paris, car c’est une droite qui épouse l’agenda de l’extrême-droite », a asséné Chikirou avec fermeté. Elle a plaidé pour un rapprochement avec le candidat des socialistes, écologistes et communistes, l’ancien adjoint de la maire sortante, Emmanuel Grégoire, qui rassemble 37,98 % des voix.

Sans le supplier, elle a distillé l’ultimatum classique : « Je vais attendre son appel. Et s’il ne veut pas converger, je déposerai ma liste demain soir ». Sophia Chikirou s’est ensuite éclipsée sans un mot de plus, semblant amnésique car elle n’a pas évoqué l’édile socialiste de Paris Centre, Ariel Weill, qu’elle a précédemment accusé de tenir prisonnier Emmanuel Grégoire.

Les réactions des élus et militants sur place

Autour d’elle, sur l’estrade, plusieurs élus l’entouraient, dont Émile Meunier, président de la commission urbanisme au Conseil de Paris et élu du 18ᵉ arrondissement. Il est membre de ce nouveau mouvement de Verts sécessionnistes, les Verts populaires, qui estiment qu’EELV dérive vers une sociale-démocratie honnie.

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« L’hégémonie du PS à Paris est finie, assure-t-il, nous sommes une force installée, nous faisons un score logique qui représente une implantation durable ». La campagne agressive du leader Jean-Luc Mélenchon l’a à peine secoué. Concernant les accusations d’antisémitisme, l’homme a offert une mine dubitative, déclarant attendre de voir. Il a dénoncé « une technique des socialistes pour justifier l’adhésion aux thèses sociales-démocrates. Emmanuel Grégoire est sous la contrainte de son aile droite ».

Le candidat LFI du 13ème arrondissement, l’urgentiste et ancien syndicaliste Christophe Prudhomme, s’est également agacé du battage médiatique contre le chef de LFI. « Ce n’est pas nous le danger, mais le glissement de la droite vers l’extrême-droite, ils ont perdu toutes les valeurs humanistes. Et regardez Sarah Knafo, dans sa liste, il y a des gens contre l’IVG ! », a-t-il martelé.

Les options stratégiques pour le second tour

Que faire au second tour ? Se maintenir ou jouer l’alliance avec les dinosaures municipaux PS-PC-Verts ? « Au regard de la situation politique, on propose un vrai front anti-fasciste. Si Emmanuel Grégoire veut s’allier avec Bournazel, qu’il le dise ! Nous, on lui propose une fusion technique », a tonné Christophe Prudhomme.

Avec une telle avance, Emmanuel Grégoire peut aussi décider d’attendre sereinement une quinquangulaire et d’ignorer superbement sa rivale à gauche, dont il n’a pas prononcé le nom lors de son allocution. Les prochains jours seront donc cruciaux pour déterminer les alliances qui façonneront l’avenir politique de Paris.