Municipales : percée de LFI, la gauche négocie des alliances pour le second tour
Après une percée significative de La France insoumise aux élections municipales, les partis de gauche ont entamé des négociations complexes pour former des alliances en vue du second tour. Alliances, fusions, retraits ou maintien des candidatures : les stratégies se dessinent au lendemain d'un vote marqué par la montée de LFI et des scores favorables au Rassemblement national, notamment à Marseille.
Des alliances qui se nouent dans plusieurs grandes villes
Sur fond d'abstention historique hors période Covid, les résultats du premier tour ont placé les forces politiques, et particulièrement la gauche, devant de nombreux dilemmes stratégiques. Les tractations ont commencé partout où des triangulaires, voire des quadrangulaires ou quintangulaires, sont théoriquement possibles, comme à Mulhouse ou Poitiers.
À Toulouse, quatrième ville de France, où LFI est arrivé en tête devant la liste du Parti socialiste, une liste commune a été annoncée dès lundi matin. Cette alliance place la gauche en position favorable pour tenter de battre le maire divers droite sortant.
À Lille, les discussions ont débuté entre les trois forces de gauche arrivées en tête, avec les socialistes et les insoumis cherchant un rapprochement avec les Écologistes. À Besançon, la maire écologiste sortante, largement distancée par le candidat Les Républicains, a annoncé son ralliement à LFI pour battre la droite.
À Lyon également, la candidate mélenchoniste espère une fusion avec la liste de l'écologiste sortant Grégory Doucet pour contrer l'ancien président de l'Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas.
Paris et Marseille : des négociations plus ardues
Mais à Paris et Marseille, les négociations s'annoncent particulièrement difficiles après des campagnes extrêmement tendues entre le PS et LFI. À Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire a largement distancé sa concurrente de droite Rachida Dati d'au moins dix points et semble en mesure de permettre à la gauche hors-LFI de conserver la capitale.
Cependant, la candidate Insoumise Sophia Chikirou, qui a passé le cap des 10%, risque de compliquer la situation. Faute de fusion, elle se maintiendra, a-t-elle assuré, tandis que le socialiste a toujours exclu la moindre alliance avec le mouvement mélenchoniste.
À Marseille, la situation est encore plus complexe. Le sortant Benoît Payan, au coude-à-coude avec Franck Allisio du Rassemblement national, a affirmé qu'il n'était pas question de faire la moindre tambouille avec qui que ce soit. Une position jugée irresponsable par l'Insoumis Sébastien Delogu, lui aussi qualifié, qui plaide pour un front antifasciste.
Délais serrés et stratégies divergentes
Les choix pour le second tour du 22 mars devront être tranchés au plus tard mardi à 18 heures, dernier délai pour déposer les listes en préfecture. À ce moment-là, les têtes de liste ayant obtenu plus de 10% des voix dimanche devront annoncer si elles se maintiennent, fusionnent ou se désistent.
Lundi matin, les stratèges des partis ont développé leurs argumentaires. Le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, a demandé solennellement à LFI de se retirer à Marseille, tout en évoquant des alliances locales possibles ailleurs, comme à Nantes.
Forte de ses bons résultats dans les grandes villes, de sa victoire à Saint-Denis et de son score prometteur à Roubaix, LFI continue de mettre la pression sur le reste de la gauche. Son coordinateur Manuel Bompard a répété son souhait d'une fusion entre les différentes listes de gauche pour battre la droite et l'extrême droite.
À l'inverse, l'ancien président François Hollande ou le probable candidat Place publique Raphaël Glucksmann semblent prêts à prendre le risque de voir des villes basculer à droite plutôt que de passer un accord avec le parti mélenchoniste.
Le RN appelle au vote utile
De son côté, le Rassemblement national, qui revendique 24 communes au premier tour et est en tête dans 60 autres selon son vice-président Sébastien Chenu, a appelé les électeurs LR au vote utile au second tour pour faire barrage à la gauche.
Le parti lepéniste, qui cherche à amplifier sa dynamique en vue de 2027, a vu plusieurs maires sortants être réélus, comme Louis Aliot à Perpignan. À Toulon, sa députée Laure Lavalette est largement en tête, et à Nice, son allié Éric Ciotti est bien placé dans sa lutte fratricide contre Christian Estrosi.
Seul Édouard Philippe redonne quelques couleurs au bloc macroniste, avec une dizaine de points d'avance sur son concurrent communiste au Havre.



