Municipales 2024 : le triomphe de la proximité face aux tentatives de nationalisation
Dans les états-majors politiques, on analyse avec une attention particulière les résultats de ce premier tour des élections municipales du 15 mars, en prévision de l'élection présidentielle de 2027. Cependant, il convient de se méfier des effets d'optique trompeurs. En observant attentivement les données, la lecture de ce scrutin révèle avant tout la prédominance de la proximité, accordant un avantage significatif aux élus qui travaillent le terrain et inspirent confiance à leurs électeurs.
La tentation de nationaliser un scrutin local
Certains partis, notamment ceux de l'extrême (LFI, RN, Reconquête), ont cherché à nationaliser ce scrutin pour en faire un grand test à un an de l'élection présidentielle. Dans certaines communes, cette stratégie a fonctionné, mais ce que de nombreux politiques et commentateurs nationaux ont tendance à oublier, c'est que les municipales restent fondamentalement des élections locales.
Il s'agit de scrutins où prédominent, dans les choix des électeurs, des enjeux ayant des conséquences directes sur la vie quotidienne : les conditions de circulation, le logement, l'emploi, les questions sociales, la végétalisation, les places en crèche, la vie des seniors... Les candidats ont essentiellement mené campagne sur ces thèmes, sans que les électeurs ne réalisent toujours que ces sujets échappent souvent à la compétence des maires, au profit des structures d'intercommunalité ou, à un échelon supérieur, du département ou de la région.
L'importance cruciale de l'intercommunalité
Comme il l'avait détaillé lors de sa campagne, le maire de Neuilly-sur-Seine Jean-Christophe Fromantin, l'un des mieux élus de France, qui se bat depuis des années contre « le millefeuilles administratif » et pour une décentralisation fluide et efficace, a consacré beaucoup de temps à expliquer que la gestion locale en France passe par l'intercommunalité. « Les citoyens ne savent pas que l'urbanisme, l'assainissement, les ordures ménagères et le développement économique sont des compétences intercommunales. Et qu'ici, la chose est rendue plus complexe par le fait qu'il existe deux niveaux d'intercommunalités : le Grand Paris et les Établissements publics territoriaux [les EPT]. »
Les candidatures médiatiques font « pschitt »
À noter que les candidatures médiatiques ont souvent échoué, à l'image de celle de Louis Sarkozy à Menton (Alpes-Maritimes) qui n'a pu résister (18,01 %) à l'implantation locale de la députée RN, Alexandra Masson (36,25 %), et finit même en troisième position. Les performances d'Édouard Philippe (43,76 %), qui a mené une campagne 100 % havraise malgré les pressions nationales et la tenaille communiste-RN, comme de la liste où figurait – en troisième position – Sébastien Lecornu (59,54 %) à Vernon (Eure), s'expliquent par leur enracinement local.
Ou encore la nette victoire au premier tour de Jean-François Copé avec 63,45 % des voix à Meaux (Seine-et-Marne), où il a été élu maire pour la première fois en 1995.
La défiance envers les appareils nationaux
Cachez cette étiquette que je ne saurais voir... Le logo partisan a pu servir les extrêmes, LFI, RN et son allié le parti ciottiste UDR allant jusqu'à présenter des candidats clones – l'essentiel étant d'être visible pour faire du chiffre. La caricature étant cette candidate zemmouriste de Versailles (Yvelines) qui avait oublié de préciser sur ses tracts et affiches « le nom de la ville » – et ils ont été distribués ainsi...
Mais dans nombre de communes, il y a eu, cette fois-ci encore, une floraison de listes dites indépendantes. À Toulouse (Haute-Garonne), Jean-Luc Moudenc, le maire sortant, affrontant des listes verrouillées par les appareils – PS-Verts, LFI, RN –, a bien rappelé qu'il avait quitté Les Républicains (LR) en 2022, jouant la carte locale à fond – ce n'est pas une posture, mais une réalité – et se présentant « sans étiquette » à la tête d'une liste qui fédère toutes les composantes de la droite et du centre, et qui a été renouvelée à 42 %. Il sort largement en tête du premier tour (37,23 %) devant la liste LFI de François Piquemal (27,56 %).
Plusieurs édiles, qui creusent leur sillon en marge des partis, ont été réélus dès le premier tour, sans faire de vagues, et haut la main. À l'instar de :
- Jean-Christophe Fromantin à Neuilly-sur-Seine (64,57 %), dans les Hauts-de-Seine
- François de Mazières à Versailles (64,56 %)
- Arnaud Péricard à Saint-Germain-en-Laye (66,98 %), dans les Yvelines
À Cannes (Alpes-Maritimes), David Lisnard, qui reste encarté LR mais prospère en marge avec son propre mouvement Nouvelle Énergie, a, lui aussi, été élu dès le premier tour avec, comme en 2020, un score pharaonique (81,11 %) – avec, dans les pattes, une liste RN (11,66 %).
Prime à la tempérance : les modérés résistent bien
Le débat national se focalise sur les dynamiques des extrêmes. Mais constatons que, dans nombre de communes, les modérés résistent aux assauts radicaux relayés par les réseaux sociaux. Parmi les exemples marquants :
- Christophe Béchu à Angers (Maine-et-Loire) avec 49,48 % des voix
- Jean-Luc Moudenc à Toulouse
- Michaël Delafosse à Montpellier (Hérault) qui tient bon, obtenant 33,41 % des voix, deux fois plus que LFI (15,36 %), qui en avait fait une cible
À Aurillac (Cantal), Patrick Casagrande met fin à des décennies de règne de la gauche dès le premier tour avec 61,47 % des voix. À Besançon (Doubs), autre bastion de gauche, le MoDem Ludovic Fagaut sort largement en tête (40,13 %) face à la maire sortante (EELV-PS) Anne Vignot (33,37 %).
À Meudon (Hauts-de-Seine), le centriste (UDI) Denis Larghero est réélu avec 64,80 % des voix. À Brive-la-Gaillarde (Corrèze), le LR Frédéric Soulier, très enraciné, a su contenir le RN (18,20 %) et a été réélu pour un troisième mandat avec 57,62 % des voix.
À Versailles et Neuilly-sur-Seine, les maires sortants modérés, par leur ancrage et leur tempérance, ont su maintenir à l'écart l'extrême droite et/ou ses affidés. Conseiller municipal à Neuilly-sur-Seine, Franck Keller, candidat UDR-RN, a préféré se présenter au Havre face à Édouard Philippe, et à Versailles, deux listes d'extrême droite, une Reconquête, et une autre RN-UDR, se sont cassé les dents. Le bon score d'Édouard Philippe est à décrypter à cette aune-là aussi.



