Municipales 2024 : Scénarios complexes dans les cinq plus grandes villes de France
Municipales 2024 : Enjeux dans les cinq plus grandes villes

Municipales 2024 : Les cinq plus grandes villes de France face à des scénarios politiques complexes

À quelques jours du premier tour des élections municipales, la situation politique dans les cinq plus grandes villes de l'Hexagone reflète les enjeux nationaux avec une acuité particulière. La dispersion des votes, les questions d'alliances à gauche après les multiples polémiques visant La France insoumise, et la montée de l'extrême droite dessinent des configurations électorales d'une complexité inédite.

Paris : Un scénario à cinq candidats pour un duel incertain

Dans la capitale, la succession d'Anne Hidalgo s'annonce particulièrement serrée. Son ancien premier adjoint, Emmanuel Grégoire, allié aux Écologistes et aux communistes, semble faire la course en tête dans plusieurs sondages, devant la candidate de droite Rachida Dati (LR). Cependant, Paris pourrait être le théâtre d'une configuration bien plus complexe que ce simple duel.

Cinq candidats au total semblent en mesure de se qualifier pour le second tour, ce qui rebat considérablement les cartes selon les éventuels désistements ou fusions de liste. À gauche, Sophia Chikirou pour La France insoumise a déjà annoncé qu'elle ne s'allierait pas à la liste d'union de la gauche. Au centre, Pierre-Yves Bournazel, soutenu par Horizons et Renaissance, maintient le suspens sur sa décision. À l'extrême droite, Sarah Knafo (Reconquête) se voit bien fusionner avec la liste de Rachida Dati, mais cette dernière s'y refuse catégoriquement.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Cette situation augure d'un résultat extrêmement serré, entre continuité à gauche ou bascule à droite qui a perdu Paris il y a vingt-cinq ans.

Marseille : Le match décisif entre RN et gauche

À Marseille, la question du positionnement de La France insoumise s'annonce cruciale. Le maire sortant Benoît Payan, qui mène une liste d'union des gauches hors LFI, a déjà demandé le désistement du candidat insoumis Sébastien Delogu s'il arrivait derrière lui au premier tour.

Plusieurs sondages placent Benoît Payan en tête du scrutin, au coude-à-coude avec le candidat du Rassemblement national Franck Allisio. Bien que positionné plus loin dans les intentions de vote, le député LFI se retrouve en position de faiseur de roi, capable de se maintenir au second tour.

Les Insoumis appellent partout où droite et extrême droite peuvent l'emporter à des « fusions techniques », sans soutien politique, avec la liste de gauche la mieux placée. La question centrale devient alors : la peur pour la gauche d'abandonner la deuxième ville de France à l'extrême droite sera-t-elle plus forte que la volonté de rupture avec LFI ?

Lyon : Les Écologistes en mauvaise posture face à la droite

La plus grande ville conquise par les Écologistes en 2020 est en passe de rebasculer à droite. L'irruption surprise de Jean-Michel Aulas, connu pour avoir présidé l'OL pendant trente-six ans, a complètement rebattu les cartes. Fort du soutien du centre et de la droite, ce novice en politique est donné largement favori dans tous les sondages, avec des scores oscillant entre 42 et 47 % au premier tour.

En face, le maire sortant Grégory Doucet, crédité d'environ 30 % des intentions de vote, a souhaité laisser une porte ouverte à LFI, malgré les critiques importantes visant le mouvement pour avoir défendu le groupe antifasciste La Jeune Garde impliqué dans le meurtre mi-février du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque.

Doucet a également condamné les déformations dans la prononciation de patronymes juifs de Jean-Luc Mélenchon, tout en se déclarant prêt à s'allier avec Anaïs Belouassa-Cherifi, pour qui « la priorité, c'est que Monsieur Aulas ne devienne pas maire de Lyon ».

Toulouse : La question épineuse des alliances à gauche

À Toulouse, les sondages laissent à penser que la gauche ne pourra détrôner le maire sortant Jean-Luc Moudenc (centre-droite), en tête dans les sondages de premier tour, que par le biais d'une alliance de second tour avec les insoumis.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Mais la présidente de l'Occitanie, Carole Delga, très influente au Parti socialiste, a déjà prévenu qu'un ralliement de François Briançon, candidat d'union de la gauche, au député LFI François Piquemal serait « un déshonneur ». Pour elle, seul le risque d'une victoire du Rassemblement national pourrait justifier un retrait « mais sans fusion ».

Cette position rigide complique considérablement les perspectives de la gauche dans la ville rose, où les divisions internes pourraient profiter au maire sortant.

Nice : Ciotti en passe de relever son pari politique

Deux ans après son ralliement rocambolesque au Rassemblement national alors qu'il présidait Les Républicains, Éric Ciotti est en passe de relever son pari : conquérir la cinquième ville de France. À la tête de son parti, l'UDR, il est annoncé dans plusieurs sondages avec une avance d'au moins dix points sur son rival et ennemi, le maire sortant Christian Estrosi (Horizons) soutenu par le centre et la droite.

Cette avance confortable pourrait offrir un trophée de taille à l'extrême droite tout en privant le candidat à la présidentielle Édouard Philippe, créateur d'Horizons, d'une victoire symbolique dans une grande ville française.

Dans ces cinq plus grandes villes de France, les élections municipales de 2024 s'annoncent donc comme un véritable test pour les stratégies politiques nationales, avec des enjeux locaux qui reflètent et amplifient les divisions et recompositions à l'œuvre dans le paysage politique français.