La récolte de la figue de Solliès, seule AOP de France pour ce fruit, a débuté ce week-end, marquant le démarrage le plus précoce jamais enregistré. Les producteurs, équipés d'échelles et de gants, ont cueilli les premiers fruits de la saison 2026, une première qui illustre l'impact des canicules à répétition sur le calendrier agricole. Cyril Kointz, responsable technique du Syndicat de l'appellation, confirme que la récolte monte en cadence à la coopérative Copsolfruit, les fruits se développant rapidement sous l'effet de la chaleur et de la sécheresse.
Une précocité inédite qui bouscule les habitudes
Le début de la récolte, qui avait lieu autour du 15 août en 2023 et une semaine plus tôt en 2024, a encore été avancé cette année. Selon Cyril Kointz, la figue est un fruit d'automne, mais depuis les années 2010, la production s'est décalée vers septembre, et depuis la crise du Covid, plus de 50 % des volumes sont récoltés en août. « Cette année, au 15 août, tout le monde sera dans les vergers », explique-t-il. Cette précocité est due aux pluies abondantes de l'automne et de l'hiver, qui ont permis de constituer des réserves d'eau souterraines, et à l'irrigation par le canal de Provence. La sécheresse de surface n'affecte donc pas la fructification, et les arboriculteurs observent « de beaux calibres et en quantité ».
Une production stable malgré les conditions
Les 105 producteurs de l'appellation espèrent une récolte estimée à 1 500 tonnes, avec un rendement de 10 tonnes à l'hectare, une stabilité observée depuis trois ans. Le temps sec présente également un avantage : il limite l'action de la mouche du fruit et réduit celle de la cochenille, qui n'impacte que 10 % des arbres contre 50 % l'an dernier. Cependant, cette situation contraste avec d'autres filières agricoles du Var, qui subissent de plein fouet les effets des vagues de chaleur successives depuis fin mai.
Viticulture et autres cultures sous tension
Les viticulteurs se préparent à des vendanges précoces, avec des premières grappes à ramasser dans les prochains jours. Eric Paul, vice-président de la Chambre d'agriculture du Var, souligne que toutes les filières – céréales, viticulture, fleurs, ovins, caprins – sont confrontées aux fortes chaleurs. Il préfère parler de « fortes chaleurs » plutôt que de sécheresse, car les pluies d'octobre à mai ont bien chargé les nappes phréatiques. Mais en surface, l'évaporation est intense : « Des températures à 40 °C avec une hydrométrie à 10 %, c'est catastrophique », déplore-t-il, notant que la conjonction canicule-sécheresse provoque des troubles chez les végétaux et les animaux.
Aviculture : une chute spectaculaire de la ponte
Dans l'aviculture, les 70 producteurs d'œufs et de volailles du Var sont inégalement touchés. Florent Vicaire, installé à Saint-Maximin, élève un poulailler bio de 250 pondeuses. Fin juillet, il constatait une chute de 90 % du taux de ponte, du jamais vu : « Je m'attendais à 60 % de pertes, mais c'est beaucoup plus que les années précédentes. Ça a commencé fin mai avec 65 % de taux de ponte, ça s'est dégradé autour de 50 % à la mi-juin et là on est à moins de 10 %. C'est vraiment exceptionnel », explique-t-il. Habitué à produire 170 œufs par jour, il attribue ce déclin au fait que les poules boivent mais ne mangent plus à cause de la chaleur. Il tente de compenser en ajoutant de l'eau à leur nourriture, avec des rebuts de légumes invendus, mais cela ne suffit pas. Président d'AgribioVar, il voit son objectif réduit à « la survie du cheptel », alors que sa partie arboriculture n'est pas encore en production.
Des disparités selon les exploitations
Cependant, cette situation n'est pas généralisée. Au Pradet, chez Cot-Côte d'Azur, Monica Carrère observe une ponte « assez stable » pour ses 750 volailles, qui se mettent à l'ombre des figuiers. Elle ajoute un produit dans l'eau pour stimuler leur soif. En revanche, elle subit des pertes sur ses avocatiers : les fruits non protégés par les feuilles développent des taches de brûlure et seront invendables. Eric Paul confirme que ces « coups de soleil » sont liés au réchauffement climatique, mais il insiste sur la nécessité de développer le réseau d'irrigation, notamment l'extension de 52 km du canal de Provence dans le centre Var prévue à l'horizon 2034. Il évoque aussi l'adaptation, comme privilégier une agriculture sur des plateaux plus frais avec des écarts de température plus élevés la nuit.
Caprins : les chèvres résistent, la vente souffre
Chez les producteurs de lait de chèvre, l'impact est quasi nul selon Sandrine Tissot, des Cabrettes lorguaises : « On commence à avoir une petite baisse lactique seulement depuis une semaine. C'est tout récent et oui, c'est dû à la canicule. » Ses chèvres du Rove et de race savoyarde, nées dans le Var, supportent bien les fortes chaleurs, grâce à une hydratation abondante et une alimentation adaptée. En revanche, elle note un impact important sur la vente : « La vente, c'est une réelle catastrophe. On n'a pas le flot habituel de vacanciers et les gens ne sortent pas », déplore-t-elle. Cette situation illustre les défis multiples posés par le changement climatique à l'agriculture varoise, entre précocité des récoltes, baisse de production et difficultés commerciales.



